Le Masque
Le Masque

Une plume transperce toujours le masque noir de comédie et la couverture reste jaune: Le Masque, 2336 titres, la doyenne des collections policières, devenue éditions du Masque, qui fête ses 70 ans, conserve son célèbre logo, mais innove en voulant "développer une politique d'auteurs"et en lançant de nouvelles collections.

Pour cet anniversaire, Le Masque réédite en fac-similé trois grands classiques sous jaquettes illustrées et couvertures rigides: son premier titre Le Meurtre de Roger Ackroyd d'Agatha Christie, Monsieur Sherlock Holmes et Une étude en rouge de Conan Doyle. Une nouvelle collection vient d'être lancée, Labyrinthes, alliant suspense et mystère. Une exposition est prévue en octobre à Paris à la Bibliothèque des littératures policières (BILIPO).

Didier Imbot, directeur du Masque, département de Hachette-livre, mise également sur les novelisations de la série Millennium. Créée par Chris Carter, l'inventeur des X-Files, cette nouvelle série prendra la suite de Aux frontières du réel sur France 2 début 1998. Le Masque a acheté les droits de 10 titres d'auteurs de thrillers américains, s'inspirant des personnages et du décor de la série. Cette série s'inscrira dans une collection de "fantastique au sens large", dont le titre n'est pas encore défini.

"Nous avons un public fidèle, tournant autour de 5 à 6.000 abonnés mais il y a 15 ans, notre lectorat était âgé de 50 ans et plus, explique Didier Imbot. Il a considérablement rajeuni. Maintenant 75 % ont moins de 49 ans et 60 % moins de 34. Autre caractéristique: deux lecteurs sur 3 sont des femmes et nous sommes le seul éditeur à publier une grande majorité de femmes".

En 1927, Albert Pigasse a l'idée d'une collection consacrée au mystère. Dans sa librairie des Champs-Elysées, il imagine alors le Masque et son logo. Il ne lit pas un mot d'anglais. Une dame cultivée lui conseille de traduire Agatha Christie. Le Meurtre de Roger Ackroyd inaugure Le Masque, sans succès fulgurant: trois ans pour écouler 3.000 exemplaires. A comparer avec le chiffre global de 100 millions d'exemplaires pour les 80 titres de Dame Christie.

"A l'époque, raconte Didier Imbot, Le Masque avait la bénédiction des Jésuites, c'était bon pour la famille". Enigmes sages, pas de sang, pas de sexe. L'homme politique Aristide Briand envoyait son chauffeur chercher chaque mois les nouveautés. Le poète Jean Cocteau, soignant son opiomanie, leur écrivait: "Sans vos livres, une désintoxication serait l'enfer. Avec leur compagnie, cet enfer devient agréable". Au catalogue, 600 titres actifs, 3,5 millions de volumes par an (le dernier numéro porte le numéro 2332) et des auteurs comme Exbrayat, Ruth Rendell, John Dickson Carr, et plus récemment, des écrivains plus noirs comme Michel Grisolia, Pierre Siniac, Paul Halter, Serge Brussolo. Patricia Cornwell est devenue en cinq ans auteur-vedette mais elle est passée récemment chez Calmann-Lévy.

Depuis dix ans, Le Masque s'est élargi à toutes les tendances du roman criminel contemporain: thriller, roman historique ou gothique. Ainsi, Hélène Amalric, directrice littéraire, va publier Viviane Moore qui innovera dans le polar médiéval français. Le lecteur du Masque veut la garantie d'histoires fortes dans le roman d'énigme. Pour Hélène Amalric, "nos héros, comme dans le roman noir français, ont une vision désespérée du monde, mais au Masque, ils luttent, agissent malgré tout". Le Masque réalise 100 millions de chiffre d'affaires, avec une croissance annuelle de 20 % et occupe 40 % du marché du policier en librairie.

Le livre de Anne Martinetti, en format poche, présente l'historique de la collection, les sous-collections, un dictionnaire des principaux auteurs, une "bibliothèque idéale" et la liste intégrale des titres.

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Anne Martinetti, Le Masque : Histoire d'une Collection (Éditions Encrage).