Yassir Benmiloud

L'élection présidentielle en Algérie est "un non-évènement politique", estime le journaliste algérien Yassir Benmiloud, plus connu sous les initiales de Y. B., à l'occasion de la sortie en France de son roman L'explication. "Aujourd'hui, le centre du pouvoir est occupé par l'état-major de l'armée, la sécurité militaire et le contre-espionnage. Ce sont eux qui ont commandité l'assassinat du président Mohammed Boudiaf en 1992. Ce sont eux qui font et défont la présidence. On n'est pas dans un pays où le président nomme le chef d'état-major. En Algérie, c'est l'inverse", dit-il. "Ce qu'on peut toutefois attendre du scrutin, a-t-il poursuivi, c'est que l'élection soit suivie d'une sorte de second ou troisième tour, que les langues se délient car les gens sont arrivés à saturation", alors que le pouvoir "prend l'eau de toutes parts". "La question du terrorisme pourra être réglée, dès que le fossé qui existe entre la base et le sommet, les gens et leurs dirigeants, sera comblé. Quand on aura un pouvoir qui sera véritablement une émanation de la volonté populaire, on pourra progresser", a-t-il fait valoir.

Y.B raconte dans L'explication comment la guerre civile détruit tout, gagne jusqu'au "centre le plus opaque du pouvoir", qu'il nomme "le cabinet noir". "Aujourd'hui encore, depuis mon exil parisien, je reste convaincu qu'une seule question vaut d'être posée: comment le meurtre au nom de Dieu a-t-il fait du meurtre le nouveau Dieu?", s'interroge-t-il dans cet ouvrage, à la fois livre d'actualité et roman autobiographique. Dans le livre, les généraux eux-mêmes se déchirent. Un jeune homme, autrefois employé à la présidence de la République, devenu journaliste, se retrouve "happé par cette machine infernale, prédestiné, en quelque sorte, à en démasquer le sens ultime". Son arrestation le fera basculer "de l'autre côté du miroir" et il plongera au coeur d'"un univers occulte, fait de sociétés secrètes, relié à la chronique ésotérique de l'islam, à la secte médiévale et légendaire des Assassins". "Il n'y a pas deux totalitarismes, politique et religieux, se découvrant des intérêts communs et la même foi en l'extermination. Ils sont un, de la même essence, pétris dans le même argile, gorgés du même sang", écrit-il à la fin du livre qui a pour ambition d'apporter "une explication" à la guerre. Fin 1996, le jeune Yassir Benmiloud intégrait le journal El Watan. Jusqu'en janvier 98, il allait y tenir une chronique quotidienne en dernière page, critiquant vivement le pouvoir en place. Ses chroniques, rassemblées dans un recueil intitulé Comme il a dit lui, ont connu un grand succès.