Martine Bouillon

Dans un livre d'actualité sans doute promis à un grand succès mais à prendre avec toutes les réserves dûes aux discours de croisade d'ordre moral, Martine Bouillon, 48 ans, tente dans Viol d'anges, de "dessiner le remède à la pédophilie".

Pour cette femme, Magistrat au parquet de Bobigny et membre d'associations de protection de l'enfance qui accueille sous son toit en permanence 24 enfants, la pédophilie "recouvre en réalité une multitude de personnes extrêmement différentes, confrontées à des situations trés dissemblables". Dressant une sorte de typologie, Mme Bouillon passe en revue "le débile qui a la maturité d'un enfant de six ou sept ans", "difficilement accessible à la logique", "la brute qui terrorise femme, enfants et animaux à la maison" et que personne n'ose donc dénoncer, mais aussi le "Monsieur Tout-le-Monde", "chef d'entreprise, médecin, enseignant, prêtre ou éducateur". "Les plus grands consommateurs d'enfants, écrit-elle, ne sont pas les plus pauvres", souvent ils disposent d'un savoir qui leur donne "un certain nombre de pouvoirs sur les autres". C'est précisément "ce type de pédophile qui est difficile à déceler", poursuit Mme Bouillon, ajoutant: "qui est cette personne? ce n'est pas du tout l'étranger, c'est nous. Ce n'est pas un monstre, son vice ne se voit pas à la taille de ses oreilles, il n'a pas le petit doigt rigide, ce n'est pas un envahisseur, c'est quelqu'un en tout cas qui consomme de l'enfant". Elle évoque aussi les "femmes pédophiles", celles qui, "dans neuf cas d'inceste sur dix, consciemment ou non, activement ou non, y participent d'une manière ou d'une autre".

Au plan du droit, l'auteur déplore que les mots d'inceste et de pédophilie "n'apparaissent nulle part" dans le code pénal et dénonce "le silence qui a pesé comme une chape de plomb sur la pédophilie". Elle voit plusieurs causes à ce qu'elle pense être un développement de ce type d'infractions: "modernisation" de la société, multiplication des voyages à l'étranger, introduction du minitel et des autres technologies de communication qui permettent d'entrer en contact avec l'autre, sans le visualiser ni le situer socio-culturellement. En conclusion, elle situe la pédophilie comme "le crime le plus grand contre l'humain" et préconise "une loi d'exception" pour y remédier, afin qu'enfin "la honte change de camp".