Farouk Mardam-Bey

C'est dans le cadre du Printemps palestinien que l'ouvrage Palestine: l'enjeu culturel a été coédité. Deux raisons ont motivé sa rédaction. Tout en répondant à ceux, sceptiques encore, au sujet de l'authenticité de la culture palestinienne, l'essai tente par la même occasion de retracer son histoire en soulignant les nombreux témoignages sur sa dynamique propre. Ainsi voit-on Elias Sanbar replacer la production intellectuelle, littéraire et artistique, dans son cadre historique et culturel avant de revisiter la question lancinante de l'identité culturelle palestinienne pour mettre en évidence sa triple dimension, à la fois palestinienne, arabe et moderne. A partir des dates et évènements cruciaux de cette aventure menée au nom du droit à l'affirmation de soi, et qui évolue selon plus d'un registre idéologique, Sanbar finit par dégager les traits particuliers d'un peuple accédant aujourd'hui à la sagesse en reconnaissant son adversaire sans la même réciprocité en retour. Un peuple ayant découvert, après de longues et sinistres épreuves, que "ce qui lui manquait rejoignait immanquablement les grandes valeurs universelles".

C'est pour illustrer cette vérité, ou plutôt cette dialectique que la culture palestinienne a toujours entretenu avec elle-même, son milieu environnant et la modernité, que Subbi Hadidi dresse ensuite dix portraits d'écivains palestiniens (R. al-Khalidi, B. al-Jawzi, K. Sakakini, I. Touqân, T. Kanaan, émile Habibi, J. Ibrahim Jabra, G. Kanafani, Mahmoud Darwich et Edward Saïd). La liste est loin d'être exhaustive, elle est juste représentative d'un élan à la fois commun et pluriel exprimant tout au long du siècle des préoccupations qui n'auraient pu se formuler sans une conscience palestinienne propre. Jean-Claude Pons, qui clôt cet essai, délimite ce même élan en étudiant les expressions plastiques et cinématographiques palestiniennes des trente dernières années.