Mohamed Salmawy
Mohamed Salmawy

L'attribution par l'Académie de la Grande médaille de la Francophonie à Mohamed Salmawy, rédacteur en chef de l'édition internationale en français du journal égyptien Al Ahram, a été dénoncée par plusieurs organisations professionnelles, antiracistes ou de défense des Droits de l'homme.

La coordination du réseau World Media — regroupant une vingtaine d'organes de presse dont Libération (France), El Pais (Espagne), The Observer (GB) ou Milliyet (Turquie) — s'est étonnée de cette distinction accordée à Mohamed Salmawy qu'elle accuse notamment d'avoir écrit un éditorial intitulé "Cherchez le juif", où le journaliste avait pris la défense de l'écrivain négationniste britannique David Irving. Al Arham Hebdo, journal égyptien francophone pour lequel travaille Salmawy, avait été à l'époque exclu du World Media pour "ses manquements graves aux règles de déontologie professionnelle".

Dans des lettres adressées au secrétaire perpétuel de l'Académie française, Maurice Druon, et au ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie, Charles Josselin, un responsable du centre Wiesenthal, M. Shimon Samuels, estime "qu'en remettant cette médaille à M. Salmawy, l'Académie française a repris à son compte la négation de l'Holocauste".

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) se dit "profondément révoltée" par l'attribution de cette distinction. Elle "s'interroge sur les fondements d'une telle décision de la part de cette noble institution sensée représenter la culture, le savoir et les valeurs des droits de l'Homme" et se demande "Comment interpréter ce nouvel évènement après les propos honteux qu'avait tenus Maurice Druon, secrétaire permétuel de l'Académie française et donc son garant, lors de son témoignage au procès Papon sur l'attitude des Juifs durant l'occupation".

Dans un communiqué, le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples) indique qu'il "vient de saisir Maurice Druon (secrétaire perpetuel de l'Académie française) et les académiciens aux fins de supprimer le nom de Mohamed Salmavy de la liste des médaillés de la francophonie".

De son côté le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) "s'interroge sur les raisons qui ont conduit l'Académie française à récompenser ce journaliste", et "dénonce ce mauvais coup porté à la francophonie, dont la mission est de promouvoir, au delà de la langue française, un patrimoine de valeurs humanistes". Le CRIF "invite l'Académie française à mettre fin immédiatement à ce scandale en revenant sur la décision".

La Ligue Internationale contre le Racisme et l'Antisémitisme (LICRA) se déclare, dans un communiqué de son président, Pierre Aidenbaum, profondément choquée de la décision prise par l'Académie française. "Incontestablement dans cette lamentable affaire l'Académie française a fait preuve de légèreté voire d'ignorance", ajoute la LICRA, qui "ne cache pas son indignation face à une telle décision à l'heure où elle se réjouit de la relance du processus de paix au Proche-Orient qui passe inéluctablement par la réconciliation entre arabes et juifs".

L'académicien Bertrand Poirot-Delpech, interrogé par le journal Libération, a indiqué ne pas se souvenir d'où était venue la proposition de récompenser le journaliste égyptien. "Les prix sont faits de telle façon que tout le monde n'est pas au courant. Ca se fait dans la précipitation", a-t-il précisé. L'Académie française s'est refusée à tout commentaire.