Marie Seurat

Marie Seurat raconte dans son nouveau livre le destin tragique d'Asmahane, rivale d'Oum Kalsoum et femme fatale fascinée par l'Occident, tour à tour "sainte, espionne et putain", morte dans des conditions mystérieuses à l'âge de 32 ans. Très jeune, Amal al-Attrach, alias Asmahane, chante dans des bars mal famés jusqu'à ce que le roi Farouk la remarque. C'est le début d'une carrière fulgurante où, déchaînant haines et passions, elle sera chanteuse adulée, épouse malheureuse, mère distante, actrice rêvant d'Hollywood, espionne à la solde des Anglais.

Auteur en 1988 des Corbeaux d'Alep, Marie Seurat s'est déjà penché, dans Mon royaume de vent (1994), sur la vie d'une femme exceptionnelle: aventurière du XIXe siècle, Lady Stanhope partait pour l'Orient, refusant de rester à la place que lui assignaient les hommes. La Syrienne Asmahane "est fascinée par l'Occident mais sans pouvoir être comme les Occidentaux. Il s'agit d'une femme élevée dans une société très traditionnelle, le clan druze, et plongée trés tôt dans une société permissive, celle du Caire des années 40. Ses frasques sont un mécanisme d'auto-destruction parce qu'elle a un problème d'identité", explique Marie Seurat. "Il y avait dans cette femme une séduction peu commune, comme si la vie la contraignait à interpréter un rôle au-dessus de ses forces", fait dire aussi l'auteur à un personnage du livre. "Pour ce qui est de la voix, Asmahane, avec son timbre de colorature, dépasse Oum Kalsoum. Elle est beaucoup plus qu'une chanteuse arabe", estime dans le roman une de ses amies. "Oui, elle est très belle et peut jouer les jeunes premières au cinéma, ce qui n'est pas le cas d'Oum Kalsoum", répond une autre. Le lecteur croise l'écrivain Lawrence Durrell (qui s'inspirera d'Asmahane dans son oeuvre), le penseur égyptien Georges Henein, le journaliste Gabriel Dardaud, l'exploratrice Freya Stark (qui vit encore), ainsi que Charles de Gaulle, le général Georges Catroux, etc. "On ne peut pas parler de la petite histoire sans parler de la grande", fait valoir Marie Seurat. Asmahane, dont la fille vit actuellement à Beyrouth, sera retrouvée noyée dans sa Rolls à l'entrée du port d'Alexandrie. Qui l'a tuée? Les Anglais? Les Juifs? Les Allemands? Les Druzes? "Tout était possible", écrit l'auteur mais Marie Seurat croit toutefois que les Anglais sont à l'origine de cette opération préparée par des professionnels.

"Mon Orient est brutal", fait valoir Marie Seurat. Son mari, Michel, a été donné pour mort début 1986 alors qu'il était détenu avec d'autres otages français par des extrêmistes chiites libanais. Elle attend toujours qu'on lui rende sa dépouille. "Cette histoire commence à devenir névrotique, à alimenter ma créativité alors que je veux être dans la vie et non dans la mort", indique-t-elle. Elle vient de réaliser un film sur Alep et un autre sur les chevaux dans lequel elle dit "évoquer l'ambivalence du cheval, porteur de vie et de mort". "J'aimerais bien me dégager de ce thème (de la mort), je ne peux pas", affirme-t-elle.