Georges Simenon
Georges Simenon

La correspondance de Federico Fellini et Georges Simenon entre 1969 et 1989 plonge le lecteur dans les subtilités et les affres de la création.

Deux figures majeures de la littérature et du cinéma aux oeuvres apparemment dissemblables révèlent à travers lettres et télégrammes une intense relation. C'est véritablement à partir de 1969, avec l'interview dans L'Express du cinéaste italien à l'occasion de la sortie de Satyricon, que commence une amitié qui n'aura de cesse de s'enrichir au fil des années.

En écho à cette interview où Fellini avoue son admiration pour l'écrivain, Georges Simenon répond: "Je retrouvais mes idées tant en ce qui concerne la création en art que les diverses attitudes devant les problèmes de la vie". Les deux hommes se sentent comme deux frères retrouvant chez l'autre son propre reflet, fait d'angoisses et d'exaltations.

Georges Simenon rassure comme un "frère aîné" (dix-sept années les séparent) un Fellini insomniaque qui doute et crée les chefs-d'oeuvre que sont Casanova et La Cité des femmes. Pour le cinéaste italien, Simenon est cette canne qui lui ouvre la voie contre ses aveuglements. C'est à la suite d'un rêve mettant en scène un Simenon qui "peint son nouveau roman" que Fellini trouve la force d'achever Casanova. Les deux artistes partagent la même admiration pour Carl-Gustav Jung, attachant beaucoup d'importance au rôle du subconscient dans la création.

Simenon écrit : "Tous deux nous sommes restés (...) de grands enfants obéissant à des impulsions intérieures et souvent inexplicables". Dans le livre de Georges Simenon, Quand j'étais vieux, Federico Fellini, qui a du mal à passer le cap des soixante ans, cherche des conseils, des avertissements et de "réconfortantes et très tendres coïncidences d'effrois". L'écrivain lui répond qu'il a écrit ce journal intime lorsqu'il avait son âge et qu'il s'est "rendu compte par la suite" qu'il commençait "à rajeunir". Le sage est toujours là pour aider son ami et le pousser vers l'avant.

Après la mort de Simenon en 1989, Federico Fellini ne cessa jamais de penser à ce frère disparu. Lorsqu'il s'éteint en 1993, ses derniers mots sont pour lui: "Giacomina, as-tu fini le travail sur Simenon ?"

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Georges Simenon / Federico Fellini, Carissimo Simenon, Mon cher Fellini (Éditions Cahiers du Cinéma).