Boris Souvarine

De son retour des Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale, en 1947, jusqu'à sa mort en 1984, Boris Souvarine a collaboré à une quinzaine de périodiques, de bulletins confidentiels comme le BEIPI (devenu Est et Ouest) ou Esope, à un grand quotidien comme Le Figaro, écrivant plusieurs centaines d'articles. Ainsi, on compte qu'il a écrit dans ce dernier une cinquantaine d'articles sous sa signature de 1953 à 1960. Il a été également le maître d'oeuvre d'une revue aussi remarquable que méconnue, Le Contrat social, publiée de 1957 à 1968. Prétendre donner un aperçu valable de la production écrite de Boris Souvarine après-guerre dans un volume de moins de 300 pages relève donc de la gageure, et il n'est pas sûr que les maîtres d'oeuvre de ce recueil posthume aient pleinement réussi dans leur entreprise: qui trop embrasse mal étreint, c'est bien connu! Il est aussi très dommageable que des articles aient été tronqués, notamment l'article sur "le stalinisme et les juifs". Pourtant, malgré les réserves que l'on peut faire sur cette sélection, le lecteur ne doit pas bouder son plaisir car, comme l'a dit un critique du Canard enchaîné, si Souvarine a écrit souvent n'importe où, il n'a jamais écrit n'importe quoi. Servi par une plume remarquable, une connaissance encyclopédique de son sujet, une intelligence hors pair, et une indignation intacte et toujours renouvelée devant les impostures et les crimes du stalinisme et de ses succédanés exotiques, et l'imbécillité et les mensonges de ses partisans occidentaux - "imbéciles utiles" ou compagnons de route stipendiés -, ces articles présentent des analyses et rappelent des faits que l'opinion publique aussi bien que la communauté historienne et "scientifique" est encore loin d'avoir admis, compris et estimé à leur juste valeur. Mentionnons simplement pour mémoire la nature des liens entre le PCF et l'URSS, l'affaire Rosenberg ou la famine en Chine au début des années soixante. Malgré cette publication, l'oeuvre d'après-guerre de Boris Souvarine est encore très largement terra incognita. Mieux la connaître, c'est revenir sur une oeuvre essentielle à la compréhension des tragédies du siècle, tout en gardant à l'esprit que Souvarine fut l'homme d'un seul combat. C'est pour cela que l'acuité de sa critique du stalinisme peut servir aussi bien aux partisans du consensus et du moindre mal - celui des pseudos démocraties actuelles - qu'à ceux qui souhaitent refonder une nouvelle critique sociale où la conscience des horreurs et des impostures du passé ne servira pas à masquer ou à relativiser celles du présent.