Alan Sokal
Alan Sokal

Trois ouvrages viennent d'être publiés en France pour répondre aux accusations "d'impostures intellectuelles" proférées par un professeur de physique nucléaire américain de l'Université de New York, Alan Sokal. Sokal avait lancé l'affaire en 1996 en publiant un article-canular dans une revue de sciences humaines américaines, Social Text, visant à dénoncer les sciences humaines de son pays dont les maîtres à penser sont français comme Lacan, Derrida, Deleuze, Guattari, Kristeva et d'autres encore. L'auteur avait à dessein adopté un style jargonnant et abscons pour proférer sciemment des absurdités sur les sciences afin de démontrer que la revue savante Social Text manquait de sérieux puisqu'elle n'avait pas décélé le canular.

Non content de sa petite provocation qui a eu un très large écho dans la grande presse américaine, Alan Sokal, associé à un physicien belge Jean Bricmont, est revenu sur l'affaire avec Impostures intellectuelles, un livre publié en 1997, d'abord en français à Paris puis aux Etats-Unis. Les auteurs ne dénoncent plus alors seulement le jargon des maîtres à penser français mais leur propension à juger des "sciences dures" (physique, mathématique) pour produire une "sociologie des sciences" inacceptable pour eux. Un dossier de la revue des Temps modernes (juil-août 98), un ouvrage collectif intitulé Impostures scientifiques (La Découverte / Alliage) et L'affaire Sokal ou la querelle des impostures d'Yves Jeanneret (PUF) viennent d'être publiés en octobre en France. Pour les auteurs — des philosophes et scientifiques français, britanniques, canadiens et américains -, les imposteurs ne sont pas ceux que l'on croit. Ils accusent à leur tour Alan Sokal de manque de sérieux dans sa lecture critique des "sciences douces" (sciences humaines) et, grâce à "une pensée spectacle" bien relayée par les médias, d'avoir monté "une terrible machine de guerre" contre la gauche universitaire américaine. Alan Sokal, bien que se déclarant de gauche, a trouvé des alliés en particulier dans la droite conservatrice américaine. Les intellectuels français, mis en cause, entendent cependant "donner un cadre plus solide au débat lancé par Sokal" par ces réponses argumentées.