Robert Louis Stevenson

Ah !, ou plutôt "Ha !", Merklen. Merklen, Lucifugus, artiste plasticien. Très réducteur. Prononcez "merclin" ou "merclenne", comme vous voudrez. Vieille famille aristocratique alsacienne, perturbateur d'envergure, ultime porteur de monocle, fabuleux farfelu... Mais je m'égare. Moi, je dis qu'ouvrir un bouquin dont le premier personnage à vous sauter de la page aux yeux n'est autre que Merklen vous incite à présenter le dit bouquin en débutant par "Moi, je". Incongru, non? Quand nous sommes le chroniqueur lambda, aussi obscur dans l'emploi que l'est éric Poindron dans celui d'auteur d'un premier récit (évitant "roman", donc), ben, ça ne se fait pas. Maintenant, sachant que Gilles Lapouge, écrivain bien installé en sa réputation, dans sa préface de ces Belles étoiles, s'entiche d'une ânesse, Noée, qui "impose ses figures, ses gentillesses, ses beaux yeux, ses extases, ses insondables tristesses", vous aurez saisi que peut-être, vous aussi, allez nourrir avec vous-même un dialogue un peu décousu. Que vous, de même, allez vous dire "Moi, je"; par conséquent, pourquoi pas moi...?

Or donc, vous allez donc acheter, emprunter, chaparder, chiner, ces belles étoiles — c'est le titre — et au prétexte qu'un inconnu vous expose ses réflexions sur ses déambulations pédestres, circonvolutionner en vous-même. Oui, car rencontrer Merklen, c'est — un peu — vous confronter à ses pièges à humains (pour résumer: des trucs bizarres qui vous envoyaient parfois des décharges électriques, mais comme le récit d'éric Poindron ne s'attarde pas dessus, n'insistons pas). Intrigué? Vous allez l'être. Comme on a parfois envie que la vie vous étonne, vous pouvez désirer vous intriguer vous-même. Ces Belles étoiles vous feront cet effet... Ce n'est pas le récit qui vous emballe, c'est le style. Non exempt de lourdeurs, de clichés, mais sensible, toujours dans un ton de confidence. L'entreprise est futile. Partant de chez Lucifugus Merklen, vieille connaissance, sis en Haute-Loire, éric et Daniel, compagnon de route, vont en compagnie de Noée (damoiselle asinine), refaire le trajet que parcourut un certain sieur Robert-Louis Stevenson (avocat et écrivain écossais) en comparse contrarié d'une certaine Modestine (she-donkey de son état) à travers les Cévennes. Qu'iriez-vous faire dans ce périple? Eh bien, accepter "l'ennui, l'insécurité, l'inattendu". Et rencontrer des gens du cru, d'autres randonneurs de passage. Et faire deux voyages, "l'un à marcher, l'autre à imaginer". Vous ne vous prendrez sans doute pas pour éric Poindron, mais peut-être pour Stevenson, Bruce Chatwin, et autres pérégrinants. Parce qu'un récit de voyage bien mené, c'est une "passade". Voire une pavane. La vôtre. Je dis que muser avec ce livre vous permet de vous regarder progresser. Ou repartir si vous aviez trop longtemps marqué une halte. Une piétinante déshérance. Quand plus rien n'est vraiment coruscant, une telle voix vous refait aller de l'avant. Et si vous êtes en route, vous voici en connivence. Et puis, si vous avez du temps à perdre, vous le perdrez élégamment. Voici aussi un récit vif qui ira bien avec votre nonchalance de ce moment. Où en étais-je? Quelque part entre La Bastide et Chasserades, en plein "égarement " (intitulé de chapitre), et j'y retourne immédiatement... Pour joindre Brignon, et avec l'auteur, et comme lui, en conclusion, dire: "Enfin, je crois que j'ai grandi."