Stéphane Courtois

Le 80ème anniversaire de la révolution d'octobre, célébré dans le monde en l'absence du principal intéressé, le PC soviétique qui n'existe plus depuis 1991, donne lieu à la parution de plusieurs ouvrages sur le communisme et son histoire tragique. Ainsi, chez Robert Laffont sort Le livre noir du communisme: Crimes, terreur, répression, une énorme somme de "la tragédie de dimension planétaire" qu'a constituée le pouvoir communiste en URSS et ailleurs, par plusieurs spécialistes de ces pays, historiens et universitaires, Stéphane Courtois, Nicolas Werth, Jean-Louis Panné, Andrzej Paczkowski, Karel Bartosek et Jean-Louis Margolin. Les auteurs établissent un bilan chiffré des crimes qui "donne un ordre de grandeur", par exemple: 20 millions de morts en URSS, 65 millions en Chine, 1,5 million en Afghanistan, 1,7 million en Afrique, etc. Le Cambodge de Pol Pot remportant la "palme en valeur relative" avec 2 millions de morts, soit le quart de la population du pays. Cet ouvrage se veut aussi "devoir de mémoire", selon l'expression en cours actuellement, avec "l'obligation morale d'honorer la mémoire des morts, victimes innocentes d'un Moloch au pouvoir absolu qui a cherché à effacer jusqu'à leur souvenir". Les premiers chapitres consacrés à l'URSS étudient la politique de "l'Etat contre son peuple", la terreur rouge qui se déclencha dès le lendemain de la prise de pouvoir, la guerre civile, la famine, la collectivisation forcée, la grande terreur des années trente. Le communisme va s'étendre avec ses répressions en Europe centrale notamment, puis dans le reste du monde, en Chine où sévissent "rééducation et massacres", en Amérique Latine et en Afrique. Stéphane Courtois, directeur de recherche au CNRS, pose en conclusion de cet ouvrage, particulièrement fouillé, la question essentielle au bout de 80 ans: "Pourquoi le communisme s'est-il immédiatement érigé en dictature sanglante puis en régime criminel?" Il y apporte une réponse convaincante parmi beaucoup d'autres: "C'est l'accession de l'idéologie et de la politique au rang de vérité absolue parce que "scientifique" qui fonde la dimension "totalitaire" du communisme. C'est elle qui commande le parti unique. C'est encore elle qui justifie la terreur. C'est toujours elle qui oblige le pouvoir à s'emparer de tous les aspects de la vie sociale et individuelle".