Michel Houellebecq
Michel Houellebecq

Pré-lancement réussi pour la fusée Houellebecq qui, avant même sa distribution en librairie prévue le 31 août prochain, a déjà obtenu les révélations et "critiques" de plusieurs grands journaux et magazines français. La stratégie des éditeurs — Raphaël Sorin, directeur littéraire et Claude Durand, directeur des éditions Fayard — qui consistait à imposer un black-out des épreuves jusqu'au dernier moment, basique attrape-nigaud fondé sur les orgueils et vanités des journalistes littéraires parisiens, a parfaitement fonctionné.

Le Point, L'Express, Le Figaro littéraire et Paris-Match, par la plume de leurs chroniqueurs les plus réputés, sont tous tombés dans le piège marketing, participant activement dès le 15 août au lancement médiatique de ce futur best-seller programmé à l'échelle européenne. Certes, la plupart des "critiques" se donnent un air polémique ou ironique — le "mordant" Angelo Rinaldi, à qui l'éditeur n'a pas daigné envoyer les épreuves, les a par exemple "trouvé sur un banc public" — et tous dénoncent avec plus ou moins de conviction un "pétard mouillé" (Angelo Rinaldi), une "provocation inutile" (Jérôme Béglé), un "livre somme assommant" (Jacques-Pierre Amette), ou un auteur qui "cherche encore son style" (Olivier Le Naire).

Manque de perspective ou de talent, ces articles sonnent toutefois comme un petit concours germanopratin à qui sortirait le plus vite son papier sur Michel Houellebecq ou comme de petits réglements de comptes infra-éditoriaux qui, au final, ne servent qu'à démarrer avec vigueur la machine à best-seller sans apporter le moindre élément sérieux pour orienter le lecteur attiré par l'odeur sulfureuse du roman (une histoire de secte et de clonage humain).

La semaine prochaine, le Figaro Magazine publiera un dossier de 10 pages sur Houellebecq, le Nouvel Observateur sortira les bonnes feuilles du roman et un entretien devrait paraître dans Le Monde. Suivront ensuite, début septembre, les suppléments littéraires des autres journaux et les émissions grand public des médias audiovisuels qui ne peuvent ignorer l'évènement.

Sur l'internet, les forums et les blogs se déchaînent tout aussi allègrement, tels entre autres celui de Pierre Assouline qui a déjà consacré plusieurs billets à l'auteur de La possibilité d'une île.

Il faudra enfin compter avec la promotion des quatres auteurs qui sortent parallèlement chacun un essai ou une biographie pour tenter d'expliquer le "phénomène": Denis Demonpion avec Houellebecq: enquête (non autorisée) sur un phénomène (éditions Maren Sell), Fernando Arrabal avec Houellebecq (Le Cherche Midi), Jean-François Patricola avec Houellebecq ou la provocation permanente (Ecriture) et enfin Eric Naulleau avec Au secours, Houellebecq revient (Chiflet & Cie).

Quant aux rumeurs pour un possible Prix Goncourt, elles vont aussi bon train, merci pour les éditions Fayard qui, à n'en pas douter, écouleront sans peine le premier tirage de 200.000 exemplaires lors de la mise en vente, et ont d'ores et déjà doté la rentrée littéraire 2005 d'un lancement qui devrait rester dans les annales de l'édition française contemporaine.

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Michel Houellebecq, La possibilité d'une île (Éditions Fayard).