Serge Halimi

80.000 exemplaires. Le pamphlet de Serge Halimi contre les "nouveaux chiens de garde", ces "éditorialistes de marché" qui "survivent à toutes les alternances, politiques et industrielles", a été réédité plusieurs fois depuis sa sortie, en novembre 97, et tiré au total à 80.000 exemplaires. Lors de la parution de ce livre d'une centaine de pages, "il n'y avait pas eu beaucoup de critiques de presse", a noté un responsable de Liber, association sans but lucratif dont le sociologue Pierre Bourdieu est l'inspirateur. "Désormais, ce n'est plus le cas", a-t-il admis. "Les médias français se proclament contre-pouvoir mais la presse écrite et audiovisuelle est dominée par un journalisme de révérence, par des groupes industriels et financiers, par une pensée de marché, par des réseaux de connivence", estime Halimi. Il déplore les "informations oubliées, les intervenants permanents, les affrontements factices et les services réciproques". Selon lui, "un petit groupe de journalistes omniprésents — et dont le pouvoir est conforté par la loi du silence — impose sa définition de l'information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage". "Alchimiste talentueuse, la télévision sait alimenter sa soif de programmes peu coûteux avec des "débats" opposant des intervenants dont on comprend mal ce qui les distingue", estime-t-il. "Ils sont une petite trentaine, inévitables et volubiles. Entre eux, la connivence est de règle. Ils se rencontrent, se fréquentent, s'apprécient, s'entreglosent...", écrit Halimi en épinglant des vedettes du petit écran ou de la presse écrite comme Patrick Poivre d'Arvor, Alain Duhamel, Serge July ou Christine Ockrent, ainsi que des intellectuels comme Bernard-Henri Lévy ou Alain Minc. "Metteurs en scène des réalités sociale et politique, intérieure et extérieure, ils les déforment l'une après l'autre. Ils servent les intérêts des maîtres du monde. Ils sont les nouveaux chiens de garde", fait-il valoir en référence au célébre essai de Paul Nizan, Les chiens de garde (1932), une charge contre les philosophes académiques de la IIIème république.