Lorenzo Lotto
Lorenzo Lotto

Un beau livre sur les fresques du peintre Lorenzo Lotto (1480-1556) complète à point nommé l'exposition que le Grand Palais consacre cette saison à ce génie de la Renaissance italienne. Les fresques du petit oratoire de Trescore, près de Bergame, constituent le cycle le plus important des fresques de Lotto. Peintes en 1523-1524, elles envahissent la totalité de cet espace. Sur le mur principal se déploie l'image monumentale d'un Christ-Vigne dont les doigts sont autant de ceps qui vont s'enrouler sur la paroi, entourant les représentations des saints. Le cycle représente également les différents épisodes des vies de Sainte Barbe et de Sainte Brigitte, protectrices titulaires de l'oratoire. La vie de Sainte Barbe se déroule comme un film ou une bande dessinée. On y voit comment la jeune fille confie sa récente conversion au christianisme à son père et la fureur de ce dernier. On la voit ensuite s'enfuir de chez elle, poursuivie par son père brandissant un sabre, se cacher dans un bosquet alors qu'il est parvenu au sommet de la colline, être dénoncée par un berger qui a repéré sa cachette. Suivent Sainte Barbe, trainée par les cheveux devant le juge, puis flagellée, pendue par les pieds et frappée à coups de marteau, vouée en vain à l'immolation par le feu et pour finir décapitée par son propre père. L'ouvrage présente des vues d'ensemble, mais aussi de très nombreux détails permettant d'analyser la manière de Lorenzo Lotto et de découvrir à quel point cet homme ombrageux était sensible à l'humour et à la fraîcheur naïve. N'hésitant pas à camper une femme qui louche, où Sainte Barbe crachant sur les idoles, il étaye son plafond de "putti" (angelots) faisant de l'accrobatie au milieu des vignes, faisant pipi sur le visiteur, ou dégringolant en perdant une grappe de raisin.