Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio

Jean-Marie Gustave Le Clézio n'est pas seulement un romancier de l'errance. Il nous invite cette saison à un double retour vers la vie spartiate des origines, à travers ses rencontres avec une tribu du Panama et avec des nomades du Sud marocain. Dans ces deux mondes, l'homme blanc a joué un rôle de prédateur en bouleversant les sociétés anciennes, explique Le Clézio qui avait déjà abordé ce thème dans Le Rêve mexicain ou la pensée interrompue. Dans le Sahara, les frontières et les guerres ont largement contribué à l'extinction de la vie nomade. Des deux côtés de l'Atlantique, Le Clézio célèbre l'harmonie, la spiritualité de ces vies détachées des biens matériels, rythmées uniquement par la nature. Il y a une vingtaine d'années, Le Clézio a partagé pendant plusieurs mois la vie d'un peuple amérindien, les Embéras, dans la province du Darien au Panama. "Cette expérience, dit-il, a changé toute ma vie, mes idées sur le monde de l'art, ma façon d'être avec les autres, de marcher, de manger, de dormir, d'aimer et jusqu'à mes rêves". Au cours de ce voyage, il a appris à se passer avec bonheur de mobilier, du confort occidental pour finalement se contenter d'un "lit" en écorce de caoutchouc et d'un oreiller en bois et s'est adapté aux codes de conduite sociale fort éloignés de ceux du monde occidental. La vie est rythmée par des chants, comme la mort. Ainsi, une femme ramenée de l'hôpital quand la médecine est devenue impuissante, est accompagnée jusqu'à sa fin par le chant du sorcier "dont la voix s'élève au dessus d'elle comme un cerf-volant".Ce court récit, intitulé La Fête chantée, donne son nom au livre tout entier qui réunit des textes saluant la grandeur des civilisations malmenées de cette partie du monde ou la sagesse de ces peuples. Plusieurs d'entre eux ont déjà été publiés séparément.

"Il n'y a pas de plus grande émotion que d'entrer dans le désert" et plus encore quand on y entre pour marcher dans les traces de ses ancêtres. Gens des nuages est le récit, écrit à quatre mains par J.M.G. Le Clézio et sa femme Jemia, d'origine marocaine, de leur voyage vers la vallée de la Saquia el Hamra, dans le grand Sud marocain, où vivent les nomades Aroussiyine. Ces "gens des nuages" arpentent le désert avec leurs troupeaux de dromadaires, à la poursuite de la pluie. Les rencontres, les découvertes de lieux ou de traditions sont entremêlées de récits historiques racontant la puissance de la tribu avant la colonisation. C'est un bel hommage à "ces hommes et ces femmes qui vivent leur liberté jusqu'à la perfection", illustré par les photos de Bruno Barbey et joliment imprimé sur du papier couleur sable.