Jean-Bernard Pouy

"Faire gaffe. La nuit, les rails se rejoignent...": ainsi débute en octobre 1995 La petite écuyère a cafté, premier livre mettant en scène un archétype d'anti-héros, "Le poulpe", qui fera une brillante carrière dans l'édition. D'emblée, la série qui s'offre un auteur différent à chaque nouvelle aventure (dont Guillaume Nicloux, Romain Goupil, Gérard Lefort, Michel Cardoze,...) et décline de plus ou moins mauvais jeux de mots en guise de titres (Un travelo nommé désir, L'Opus à l'oreille ou La disparition de Perek), apparaît comme une petite révolution dans le polar français. Les premiers livres connaissent un succès immédiat: La petite écuyère a cafté se vend à 47.000 exemplaires, Nazis dans le métro de Didier Daeninckx, à 42.000 exemplaires, et Arrêtez le carrelage de Patrick Raynal, à 25.000 exemplaires. "En moyenne, les livres se vendent à 6.000 exemplaires. Quand les auteurs sont connus, ça marche mieux", dit-on chez l'éditeur où l'on admet une certaine stagnation actuellement et où l'on espère que le film va quelque peu relancer la collection.

Aujourd'hui, après une centaine de titres — dont deux en bandes dessinées — le Poulpe part à la conquête du grand écran avec un scénario du trio Jean-Bernard Pouy / Patrick Raynal / Guillaume Nicloux, inclus dans la série et publié le mois dernier sous le simple titre Le Poulpe, le film.

Le "père" du Poulpe est Jean-Bernard Pouy, auteur en 1983 de Spinoza encule Hegel et signature-phare de la Série Noire. Ce fils d'un employé de la SNCF voulait alors relancer la littérature dite "de gare" avec des livres pas trop chers (de 39 à 42 francs) et faciles à lire.

Il lance aux éditions Baleine la collection, en hommage aux pulp fictions, cette littérature bon marché en vogue aux Etats-Unis jusqu'aux années 50, et clin d'oeil au célèbre film de Quentin Tarentino. En exergue de La petite écuyère..., Pouy plante le décor: "Le poulpe, ça ne s'attendrit pas. Faut taper dessus à coups de marteau". Gabriel Lecouvreur, alias "Le poulpe", est un jeune homme "grand et balèze", ainsi surnommé en raison de ses trop longs bras ballants. "Simplement quelqu'un qui contre-balance la vacherie du monde en tatanant quelques indélicats, en remettant des salauds sur le chemin de la rédemption, en expérimentant une technique toute personnelle de reprise individuelle", précise l'auteur. Partant de "ces petits faits divers qui expriment, à tout instant, la maladie de notre monde", le détective libertaire, antilepéniste, "qui aura 40 ans à l'an 2000", évolue dans le 11ème arrondissement parisien, entouré de Gérard, le patron fort en gueule de son rade préféré, "Au pied de porc à la Sainte-Scolasse", de Pedro, l'imprimeur anarchiste fournisseur de flingues, et de Cheryl, sa concubine, shampouineuse de son métier.