Francis Ponge
Francis Ponge

Plus de dix ans après sa mort, en août 1988, Francis Ponge, un des poètes majeurs du siècle qui a longtemps écrit dans le désert, devient un "classique" avec la publication de ses Oeuvres complètes dans la célèbre collection de la Pléïade. D'autre part, les Cahiers de l'Herne avec Fayard rééditent l'album intitulé Francis Ponge consacré en 1981 au "poète des objets", qui a voué toute sa vie à la littérature. "On n'a qu'une idée, on naît avec, toute une vie durant, on développe son idée fixe, on la fait respirer", disait cet homme taciturne et têtu qui s'est longtemps heurté à des difficultés matérielles pour vivre.

La Pléïade (Gallimard) publie le premier tome de ses Oeuvres complètes, le second devant paraître en 2000 ou 2001. Les textes les plus connus de Francis Ponge y sont réunis: Le Parti pris des choses (1942), salué par Jean-Paul Sartre, Proèmes (1948), L'Araignée (1952, donnée ici dans sa typographie originale) et les trois volumes du Grand Recueil (1961). L'édition adopte la chronologie des publications.

Né à Montpellier en 1899 dans une famille protestante, Francis Ponge étudie le droit et la philosophie avec le Littré comme outil de travail, La Fontaine ou Mallarmé comme maîtres. Il va écrire, mais qui le lit ? "Ainsi ai-je longtemps écrit dans le désert, sans recevoir aucune réponse", dit-il. "Dans la reconnaissance, lente et tardive, de la place unique qu'occupe l'oeuvre poétique de Francis Ponge, l'étranger (Allemagne, Belgique, Etats-Unis, Italie, Suisse) a globalement devancé la France", écrit Bernard Beugnot, directeur d'édition de l'ouvrage de la Pléïade. "Ponge n'appartient à aucune école", ajoute-t-il, en soulignant "la hautaine indépendance" du poète dont l'oeuvre est pétrie d'"humanisme affirmé, d'épicurisme affiché et du refus de spiritualisme". Son style est (apparemment) simple, ses phrases infiniment ciselées. Ce qui intéresse cet homme, à la fois poète, artiste, artisan et philosophe, c'est l'appropriation de l'objet par les mots. Souhaitant "relever le défi des choses au langage", il ne cherche pas à décrire le monde comme un scientifique mais comme un poète. Dans Le Parti pris des choses, Francis Ponge évoque le papillon, "allumette volante", la mer qui "bouge comme la faune" et le flot qui "se déplie à l'oeil comme la flore", l'eau "qui saute les escaliers les deux pieds à la fois", le morceau de viande, "sorte d'usine, moulins et pressoirs à sang".

Quelque 600 pages, plus de 60 textes (de Julien Gracq, Jean Tardieu, André Pieyre de Mandiargues, Michel Butor, Etiemble, Pierre Bourdieu, etc.), des photos, des entretiens, des inédits (à l'époque): l'album de l'Herne qui était épuisé, est indispensable à tous les amoureux de Francis Ponge. L'ouvrage s'ouvre par cette citation du poète: "Ce qui me touche, c'est la beauté non reconnue, c'est la faiblesse d'arguments, c'est la modestie. Ceux qui n'ont pas la parole, c'est à ceux-là que je veux la donner. Rabaisser les puissants m'intéresse moins que glorifier les humbles. Je suis un suscitateur".

Dernière actualité éditoriale autour de Francis Ponge, Les éditions Stock ont publié fin 98 la Correspondance que l'écrivain a échangée de 1944 à 1981 avec Jean Tortel, un autre poète. Entre ces deux personnalités originaires du Midi, une solide amitié s'était développée, née dans la Résistance.