Simon Liberati
Simon Liberati

Anthologie des apparitions de Simon Liberati publié en août chez Flammarion est l'un des rares premiers romans sur la centaine lancée sur le marché qui parvienne à se tracer un bout de chemin dans la foisonnante jungle de la rentrée littéraire 2004. Il faut dire qu'il partait avec de bonnes cartes en main : la génération qui compte (l'auteur est né en 1960), la caste (il est journaliste dans la presse féminine: Cosmopolitan, 20 ans,...), les références littéraires du moment (Frédéric Beigbeder, Michel Houellebecq,...), le sujet enfin (souvenirs des seventies décadentes). Résultat, un mois après la sortie du livre: une bonne moisson d'articles élogieux et sans doute quelque récompense à venir lors de la prochaine distribution de prix littéraires.

Le donc premier roman remarqué nous relate l'histoire de Claude, présentement occupé à lire L'introduction à la vie dévote de Saint François de Sales. Une génération perdue plus tôt, adolescent à la beauté maléfique, notre héros hantait les hauts lieux de la nuit parisienne que l'on disait alors branchée (Le Palace, l'Elysée-Matignon, le Sept) et les stations (Saint-Tropez, Ibiza) d'un demi-monde noctambule et désoeuvré à qui il monayait les charmes de sa petite soeur Marina. Toute une époque, une atmosphère, une mode, un style de vie avec ses festivités trash, ses drogues (alcool, héroïne), ses rituels (le sexe), ses icônes, ses dieux interlopes et ses héros night-clubbeurs, de l'artiste décadent au milliardaire jet-set en passant par les starlettes bonnes filles, les homos junkies, les parasites mythomanes, les putes de luxe et les journalistes suicidaires. Paradis, Enfer et fin des années '70. Naufrage, dérives, désillusions, passage du temps. Aujourd'hui, Marina a disparu quelque part dans les brumes post-libertaires et Claude est un viel ange déchu, quadragénaire déplumé appelant ses fantômes de jeunesse comme autant d'apparitions. Epave névrosée en passe de dévotion mystique il souffre de ses anciens excès, pointe à l'ANPE et touche le RMI.

La réussite d'Anthologie des apparitions est sans doute due à l'ambiguïté du récit, qui oscille entre de multiples univers littéraires référenciels comme en une suite précisément d'apparitions sans que l'on puisse décider finalement si tout cela est ironique, moraliste, nostalgique, nihiliste, tragique, décadent,... S'agit-il de Grâce (passage de la jeunesse et de la beauté éphémère) ou de Chute (Enfer et naufrage des corps et des vies) ? Est-ce un livre "religieux" ? à propos de Liberati les critiques littéraires citent comme de bien entendu Michel Houllebecq et Frédéric Beigbeder mais aussi et à la fois Francis Scott Fitzgerald, Bret Easton Ellis, Gustave Flaubert, J. K. Huysmann, Jean-Jacques Schuhl, Thomas De Quincey, Marcel Proust, Nicolas Chamfort, Marcel Schwob,... Le narrateur d'Anthologie... ajoute de lui-même à la liste entre autres Saint François de Sales, Tertullien, Virgile et Blaise Pascal. Fantômes, fantômes...