Seamus Heaney
Seamus Heaney

En Irlande, la condition îlienne et la revendication nationaliste favorisent le génie du lieu. En un magnifique volume, une centaine d'auteurs montrent qu'ici on se nourrit de poésie en guise d'identité. On trouve certes Oscar Wilde, James Joyce, William Butler Yeats, Samuel Beckett et Seamus Heaney aux nombreux inédits, mais aussi une foule de talents aux vers pas seulement locaux. Après le poème philosophique et néanmoins direct, vif, de Yeats, on écrit avec lui ou contre lui. Kanavagh évoque "La grande famine" de la pomme de terre et de l'âme où "glaise est le verbe, glaise est la chair", 18 pages de terre vaine et de cris. Mac Neice lui attend "le bruit des fusillades" à Belfast sans pardonner aux visiteurs du British Museum la "tristesse gutturale des réfugiés". Est-ce en Australie que Montague fuit "les dolmens autour de mon enfance", ou à Paris les malheurs du pays, "ce murmure incessant auquel on n'échappe jamais" ? Pourtant, Seamus Heaney parvient à injecter à son contemporain malmené une richesse inouïe d'images, comme lorsqu'il assimile la guerre d'Ulster aux sacrifices païens d'antan. Peut-être est-ce seulement la langue, qu'elle soit anglaise ou gaëlique, qui sauve l'Irlande.