Nicolas Offenstadt

Cet ouvrage analyse pour la première fois de manière exhaustive une page sombre et longtemps mise sous le boisseau de la Première guerre mondiale, celle des soldats français exécutés pour mutinerie. Publié à la veille du dernier 11 Novembre du siècle, l'ouvrage de Nicolas Offenstadt examine aussi bien la réalité des exécutions que les tentatives de réhabilitation des fusillés et la lutte contre la justice militaire entre les deux guerres. Il décrit aussi la représentation de ces exécutions par la littérature et le cinéma qui ont formé la mémoire collective des Français. Nicolas Offenstadt revient, de plus, longuement sur les propos de Lionel Jospin le 5 novembre 1998 à Craonne (Aisne), lors d'une cérémonie de célébration du 80ème anniversaire de l'armistice de 1918. Ce jour-là, le Premier ministre avait demandé que les mutins du Chemin des Dames, "fusillés pour l'exemple" en 1917, soient "réintégrés aujourd'hui pleinement dans notre mémoire collective nationale". La réhabilitation de fait des mutins par M. Jospin, premier chef de gouvernement à se rendre à Craonne, avait provoqué dès le lendemain la réaction du président de la République Jacques Chirac qui avait jugé cette déclaration "inopportune". La polémique, l'un des tout premiers accrocs dans la cohabitation, démontrait que la France avait toujours de la difficulté à regarder son histoire en face. En effet, il aura fallu attendre plus plus de 80 ans pour que les archives de la justice militaire livrent le chiffre (550) des soldats français fusillés entre 1914 et 1918, selon une étude du Service historique de l'armée de terre. Pour ce qui est des propos de Lionel Jospin, Nicolas Offenstadt les situe dans un contexte de pacifisme familial: le père du Premier ministre, Robert Jospin, fut l'un des dirigeants de la Ligue internationale des combattants de la paix dans les années trente.