Mikhaïl Gorbatchev

Les Mémoires de Mikhaïl Gorbatchev, oeuvre de longue haleine d'un préretraité de la politique, sont l'occasion pour l'ancien secrétaire général du PCUS d'une autojustification de son action ou inaction politique et un plaidoyer pour la Perestroïka à laquelle son nom est attaché. Ancien responsable communiste, élevé dans le sérail, Mikhail Gorbatchev consacre la plus grande part de ses Mémoires au Parti, à ses intrigues, aux batailles qu'il doit mener souvent le dos au mur ou poussé par les circonstances. Il évoque son maître à penser, Youri Andropov, dont il fut le continuateur dans cette tentative de sauver le parti, le régime et accessoirement le pays. Très lucide quand il s'agit de caciques du parti: "Le brejnevisme n'était rien d'autre qu'une réaction conservatrice à la tentation khrouchtchevienne de réformer le modèle autoritaire dans le pays", Gorbatchev reconnait aussi son aveuglement dans le choix de plusieurs responsables du PCUS qui, plus tard, fomenteront un putsch contre lui alors qu'il était président de l'URSS. Mais sa véritable bête noire est Boris Eltsine qu'il qualifie de "facilement influençable", "perfide", dont "le but réel n'était nullement de réformer le parti mais bien de le détruire" et de prendre sa place, souligne-t-il à plusieurs reprises. L'erreur que ne se pardonne pas Gorbatchev c'est d'avoir toujours voulu oeuvrer à la fois "pour la continuité et le besoin de changement". Les évènements qui ont secoué l'URSS sous son "règne" sont par contre minimisés et pratiquement pas commentés: Tchernobyl n'aura droit qu'à quelques paragraphes, l'Afghanistan est qualifié "d'aventure". Le tremblement de terre d'Arménie est évoqué en quelques lignes, de même que les massacres de Tbilissi ou de Soumgaît. Pour mieux faire comprendre son attitude à Foros — "je n'ai jamais été de mèche avec les putschistes" --, lors de la tentative de coup d'état en août 91, il cède la plume à sa femme dont il cite des extraits du journal intime. Puis ce sera au retour à Moscou l'escalade ou la débandade (la fin du PCUS), le traité de l'Union qu'Eltsine transformera en CEI et sa démission le 25 décembre 1993. Le dernier chapitre est une longue plainte, "le pouvoir était tombé entre les mains d'hommes irresponsables et incompétents, ambitieux et impitoyables". C'est aussi un satisfecit: "sur le fond j'avais tenu les promesses faites en lançant la perestroïka, la glasnost, la liberté de parole, la fin des persécutions idéologiques, le droit de vivre où l'on veut, la suppression du monopole de la propriété et du pouvoir, la création des fondations d'un parlementarisme réel, la conjuration de la menace cauchemardesque de la guerre nucléaire,...". La conclusion, optimiste, résume l'ouvrage: "On n'a pas réussi et on ne réussira pas à m'expulser de la politique".