Louis Guilloux
Louis Guilloux

Saint-Brieuc ouvre l'année Louis Guilloux (1899-1980) durant laquelle la ville bretonne va commémorer, par de multiples rendez-vous, le centième anniversaire de la naissance de cet écrivain qui a payé d'une relative absence de notoriété son refus du manichéisme. Cet "homme de parole", auteur du Sang Noir, de La maison du peuple ou du Pain des rêves est né le 15 janvier 1899 dans cette petite ville de province qu'il quittera pour y revenir sans cesse et dont il fera dans ses livres le centre du monde. Fils de cordonnier, il n'oubliera jamais l'opprobre que sa famille y a subi en raison du militantisme actif de son père, socialiste.

Homme du peuple, celui qui refusera toujours la notion de littérature engagée, restera toute sa vie du côté des exclus mais refusera de s'encarter dans un parti. "Son manque de notoriété est dû à son absence de manichéisme dans une époque très idéologique. On ne pouvait l'embarquer dans aucun camp", relève Yannick Pelletier, commissaire de la célèbration de ce centenaire, qui a rédigé une thèse sur Louis Guilloux du vivant de l'auteur. Yannick Pelletier en veut pour exemple le voyage en URSS que Guilloux, qui écrit alors dans le journal Le Soir dirigé par Aragon, effectue avec André Gide en 1936. A son retour, Guilloux ne dénonce pas le stalinisme. Mais quand Aragon lui assène: "Vous écrivez contre Gide ou vous quittez le journal", il quitte Le soir.

A Saint-Brieuc, Louis Guilloux, tout jeune homme, se lie d'amitié avec le professeur et philosophe Georges Palante, dont il fera le Cripure du Sang noir. Il y rencontre aussi Jean Grenier qui lui fera connaître Max Jacob et Albert Camus. Camus et Guilloux se font lire leurs oeuvres respectives avant publication, La peste et Le jeu de patience. Paradoxale a priori, une autre grande amitié se nouera avec André Malraux, une relation d'homme à homme, indépendamment des choix politiques ou des responsabilités du ministre du général de Gaulle.

Outre deux expositions consacrées à l'écrivain juqu'à la mi-avril, plusieurs manifestations sont programmées: des pièces de théâtre, écrites par Guilloux ou inspirées par son oeuvre, des conférences, des cafés littéraires, une semaine du cinéma social, etc. Le théâtre de la Folle Pensée lira dans son intégralité, pendant deux jours et deux nuits, Le jeu de patience (prix Renaudot 1949) dans un lieu emblématique de Louis Guilloux: la maison du peuple. Dans un Apostrophe spécial que lui avait consacré Bernard Pivot en 1978, l'écrivain briochin avait eu cette réflexion qui résume assez bien sa démarche: "Il n'y a qu'une question: ce n'est pas de savoir ce qu'est la vie mais ce que nous pouvons en faire. La réponse, c'est autre chose que ce qu'on en fait. On ne peut pas nier qu'il y a aujourd'hui des oppresseurs et des opprimés. Ce n'est pas fatal".