Stephen Jay Gould

Stephen Jay Gould s'en prend dans son dernier ouvrage à l'image d'une nature dont l'histoire serait régie par une logique de progrès, la vie et la mort par des "moyennes". C'est en fait la notion de progrès dans son ensemble que le scientifique américain met à l'épreuve dans cet essai, notamment celle de l'Homme, prétendu "chef-d'oeuvre" de l'évolution. Selon l'auteur, la forme dominante de vie sur Terre est et restera celle des bactéries. "L'apparition d'une vie intelligente et consciente n'était ni nécessaire, ni prévisible". A travers des exemples tirés des sciences naturelles, du sport et de son expérience personnelle, Gould démontre aussi au lecteur l'impossibilité d'interpréter l'évolution d'un phénomène sans prendre en compte l'éventail de ses variations. Ainsi, lorsqu'il apprend en 1982 qu'il est atteint d'un cancer rare et "irrémédiablement fatal", il commence en bon scientifique par dévorer les articles concernant son mal. A première vue, les courbes de survie sont plus que pessimistes. Mais le chercheur a une intuition qui lui redonne espoir. Si l'on y réfléchit, se dit-il, le temps séparant le minimum absolu d'espérance de vie (on tombe raide mort dès l'annonce du diagnostic) et l'espérance de vie médiane (huit mois) est très court. Une moitié des malades se "serre" donc dans l'aile gauche de la courbe, entre le minimum et la médiane, tandis que la moitié droite peut s'étaler jusqu'à l'infini. Jeune, combatif, entouré et disposé à suivre un traitement expérimental, "je ne vis aucune raison, raconte-t-il, de ne pas me compter parmi les occupants de l'aile droite". Et la moyenne d'espérance de vie donnée par les médecins m'apparut "comme une abstraction, sans rapport avec mon cas particulier. J'avais soupçonné l'importance statistique des variations et l'intérêt limité des moyennes. Les données réelles ont confirmé mes soupçons. Je suis convaincu d'être maintenant en route vers une mort à un âge canonique", conclut-t-il.