Foire du Livre de Francfort
Foire du Livre de Francfort

La grand-messe annuelle de l'édition mondiale met la production littéraire arabe à l'honneur avec l'égyptien Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature 1988, en principal écrivain représentant du secteur, même s'il ne peut finalement être présent sur place pour des raisons personnelles. Le coup d'envoi de la Buchmesse Frankfurt Book Fair — nom officiel en langue allemande --, a été donné conjointement par le chancelier allemand Gerhard Schroeder et l'égyptien Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe. La première journée est ouverte aux seuls professionnels de l'édition, notamment aux quelques 10.000 agents littéraires et éditeurs venus du monde entier qui ont l'habitude de se donner rendez-vous ici, une fois l'an, pour négocier les principaux contrats d'achats, ventes et droits de traduction des livres qui constitueront les programmes des maisons d'édition d'au moins une centaine de pays dans les mois à venir.

Deux cent auteurs arabes, parmi lesquels Elias Khoury (Liban), Mahmoud Darwich (Palestine), Sahar Khalifa (Palestine), Adonis (Syrie), Edouard Al-Kharrat (Egypte), Assia Djebar (Algérie), Tahar Ben Jelloun (Maroc),..., et de nombreux intellectuels spécialistes du monde arabe tels Georges Corm ou Gilles Kepel entre autres sont invités pour signer des livres, animer des débats et rencontrer les quelque 300.000 visiteurs pressentis. Ces derniers pourront consulter, dans l'immense espace de 170.000 m2 qui leur sera ouvert entièrement le week-end prochain, plus de 350.000 titres présentés par 6.650 exposants. C'est le domaine anglophone qui y sera comme d'habitude le plus représenté avec environ 2.000 stands.

Pour ce qui concerne la production éditoriale de langue arabe, L'Union des éditeurs arabes estime qu'il existe environ un millier de maisons d'édition actives mais elle souligne aussi la fragilité et toutes les difficultés que celles-ci rencontrent, que ce soit pour des raisons économiques, de piratage de droits ou encore trop souvent de censure religieuse intégriste ou politique. Le Liban semble toutefois montrer l'exemple à suivre, affichant le plus de liberté et de vitalité dans l'édition de livres. Ailleurs, hormis peut-être en Egypte, l'essentiel de la production est encore en grande partie constitué de livres scolaires ou religieux, Coran en tête, les ouvrages de création littéraire ou d'idées librement publiés étant eux réduits à peau de chagrin.

Conscients toutefois malgré son faible poids économique de l'importance de ce secteur éditorial dans le monde d'aujourd'hui, les organisateurs de la Foire du Livre de Francfort ont donc cette année décidé de mettre en avant la production éditoriale de l'ensemble des 22 pays de la Ligue arabe issus du Maghreb, du Moyen-Orient et des pays du Golfe. Une petite polémique en est née, initiée notamment par des intellectuels marocains qui reprochent aux organisateurs d'avoir invité seulement des auteurs "officiels" reconnus par la Ligue Arabe et donc peu critiques envers les gouvernants de leurs pays, c'est-à-dire d'honorer des états plutôt que des écrivains. Mais l'essentiel de l'invitation se joue évidemment ailleurs. Le choix de la plus grande foire culturelle du monde située au coeur de l'Europe chrétienne de mettre à l'honneur le livre arabe en général est éminemment symbolique et bien évidemment perçu comme un geste politique de main tendue en ces temps de crises, de conflits et de guerres occidentales contre le monde arabo-musulman. Dans le même ordre politico-diplomatique il ne sera pas anodin non plus de voir quel écrivain recevra cette année à Stockholm le Prix Nobel de Littérature, traditionnellement annoncé en parallèle à la Foire du Livre de Francfort. Il est en effet beaucoup question qu'il soit lui aussi attribué cette année à un auteur arabe, la romancière algérienne Assia Djebar et le poète libano-syrien Adonis étant les plus cités.