Jean Roudaut

Ce bel essai consacré à La chambre des enfants de Louis-René des Forêts, est avant tout une méditation subtile et élégante de Jean Roudaut — auteur, entre autres, de livres mémorables tressant de manière signifiante la biographie et l'exégèse des textes de Michel Butor ou de Georges Perros — sur les puissances du langage, sur ce que peut ou ne peut pas la littérature, sur la capacité de cette dernière à traduire et à transmettre ce qui, sans elle, ne le serait pas, mais aussi sur son incapacité à métamorphoser le réel, ce qui fait que l'on peut considérer que même les plus grandes oeuvres sont, dans une certaine mesure, des échecs. En définissant le statut du langage chez Proust, Dostoïevski ou Bataille, et bien entendu chez Louis-René des Forêts, l'auteur nous dit pourquoi la littérature ne cesse d'osciller entre la création d'un pseudo-univers où l'individu transmute sa chair périssable dans le corps glorieux des mots et la conscience aiguë que toute oeuvre n'est qu'une inanité verbeuse face à l'indicible au sein duquel elle tend à s'abolir. Néanmoins, cette littérature, devenue "problématique", n'est pas sans receler de nouvelles potentialités ou de nouvelles nécessités. Car, comme Jean Roudaut le développe tout le long de son essai, c'est sans doute précisément parce que Louis-René des Forêts considère le silence comme un état de l'être plus comblant que la parole, qu'il évoque le néant comme une patrie, qu'il a en définitive écrit une oeuvre limite qui, à l'instar de celle de Samuel Beckett ou de certains auteurs du Nouveau Roman, met certes à nu les subterfuges de la littérature jusqu'à considérer son néant mais les renouvelle également dans sa tentative ultime de construire une oeuvre malgré tout.