Régis Debray
Régis Debray

Régis Debray, accusé par la fille d'Ernesto Che Guevara, Aleida, d'être à l'origine de la mort de son père en Bolivie en octobre 1967, a déclaré que cette accusation marque le "début d'une opération à long terme du régime castriste, obsédé par la création d'une opposition de gauche".

Aleida Guevara, 35 ans, l'un des cinq enfants d'Ernesto Che Guevara, avait affirmé dans une déclaration au quotidien argentin Clarin, que Régis Debray est directement à l'origine de la mort de son père pour avoir "parlé plus que nécessaire" après son arrestation par les forces boliviennes en avril 1967. "Aleida Guevara agit en service commandé et la cochonnerie stalinienne ne m'inspire plus qu'une ironie triste", écrit Régis Debray. Il s'est refusé à commenter l'accusation d'Aleida Guevara, estimant dans son texte qu'il n'a pas àrevenir sur ces épisodes de la guerilla bolivienne "chaque fois qu'il sied à La Havane de cracher sur ses anciens amis.(...) L'appareil cubain s'acharne parce qu'il croit, à tort, que j'encourage de loin les réseaux de résistance. Cuba fantasme un noyau, un centre à Paris d'un projet alternatif à gauche qui ne soit pas américain ou capitaliste, dont je serais le manitou, le relais (...). Je suis maintenant un intellectuel à temps plein, la page politique est tournée, ce qui ne m'empêche pas d'avoir des amitiés, mais pas d'activité militante", a affirmé l'ancien conseiller du Président François Mitterrand.

Régis Debray a reçu le soutien du colonel Daniel Alarcon Ramirez dit "Benigno", l'un des trois survivants cubains de la guerilla du Che en Bolivie, qui affirme aussi que la déclaration d'Aleida est "un coup bas téléguidé par la sécurité d'Etat cubaine. Debray est devenu un ennemi à abattre à partir du jour où il a rompu avec un régime dictatorial", affirme-t-il. Benigno s'est réfugié en France cette année avant de publier un livre attaquant Fidel Castro sous le titre Vie et mort de la Révolution cubaine. Aleida "n'avait que six ans quand le Che est mort",souligne Benigno qui rappelle qu'il y eut des déserteurs boliviens dans le groupe de Che Guevara, et surtout "l'argentin Ciro Roberto Bustos, co-détenu avec Régis Debray, qui joua un rôle si néfaste".

Pour Régis Debray, la rupture avec Fidel Castro a été totale en 1989 avec le procès Ochoa, du nom du général cubain fusillé pour trafic de drogue avec trois officiers cubains, notamment le colonel Tony de la Guardia dont le frère Patricio purge une peine de 30 ans de prison.

Souhaitant mettre un terme à la polémique après ces réponses, Aleida Guevara a finalement répondu qu'elle "ne veut plus perdre de temps avec ce personnage". (...) "Ce que dit Debray ne m'intéresse pas. Je ne travaille pour personne, uniquement pour mon père, et personne ne me dicte mes déclarations. Je ne veux pas discuter avec un semblable personnage. Je dis uniquement ce que je ressens", affirme-telle tout en confirmant ses déclarations précédentes: "Si à sa sortie des prisons boliviennes, il avait déclaré ce qu'il pense en ce moment, il faudrait respecter son opinion. Mais, 29 ans après la mort du Che, comment peut-on croire ce qu'il écrit dans son dernier livre?", interroge-t-elle. Dans son livre, Régis Debray qualifiait notamment le Che de "cruel, fanatique et despotique".