Annie Dillard
Annie Dillard

Il n'y a pas que le Prix Nobel Toni Morrison et sa voix d'humaniste noire pour caractériser la littérature américaine féminine. Annie Dillard, née en 1942, emprunte un courant plus secret. Sa prédilection pour les sciences de la nature l'inscrit dans la tradition de Henry David Thoreau et Walt Whitman. Ecrivant le plus souvent dans une cabane de planches en forêt ou sur la plage, elle jubile devant la vie d'un brin d'herbe ou d'un ruisseau. Curieusement, on pourrait la rapprocher du Ernst Jünger entomologiste des Chasses subtiles et penseur (quoiqu'avec plus d'emphase) de L'Auteur et l'écriture.

Christian Bourgois avait déjà publié quatre volumes d'Annie Dillard. D'abord son autobiographique Enfance américaine, puis son Pèlerinage à Tinker Creek, exploration du microcosme d'une vallée sauvage de Virginie. Depuis, elle "apprit à parler à une pierre "dans des notes et récits venus des Galapagos ou d'une éclipse totale. Son grand roman, Les Vivants, retrace l'épopée de trois familles de colons du XIXe siècle sur la côte nord-ouest des Etats-Unis. Avec En vivant , en écrivant, elle pose un regard réflexif sur sa pratique qui préfère l'inscription de l'homme dans la grande nature au roman acharné à décrire heurts et malheurs de la société. Ce sont des conseils pratiques et pertinents à l'écrivain poète en herbe. Mais jamais elle ne s'enferme dans un espace strictement conceptuel et de papier. Annie Dillard n'écrit que pour affirmer son bonheur de la perception terrienne et maritime. On court toujours le risque, en esquissant une esthétique de vie, de nature et d'écriture, de choir dans le dogmatisme. Heureusement, si elle a le sens du sacré, elle ne dérape jamais vers les affres du prêche catholique, new-age ou écologiste. Sans narcissisme, elle tourne moins l'antenne de sa plume vers les remous psychologiques que vers les montagnes et leurs modèles de vie.

Pour Annie Dillard, toute activité ou lecture humaine du monde doit avoir la précision et la qualité médiumnique du vol de l'oiseau, la légèreté d'un absolu partout sensible.