Jacques d'Orléans

La personnalité et la vie de l'ancien Comte de Paris sont attaquées dans un livre dont le ton paraît d'autant plus violent que le comte est mort au mois de juin, et que l'auteur est l'un de ses fils, Jacques d'Orléans. Le duc d'Orléans, 58 ans, est l'un des quatre enfants du comte qui mènent une action judiciaire vigoureuse pour savoir comment aurait disparu une grande part du patrimoine familial, démarche que désapprouve leur frère Henri, nouveau comte de Paris. Dans son livre, journal intime écrit surtout du vivant de son père, depuis 1996, le duc le décrit comme un homme glacial, dans les mains duquel "la tradition devient une arme de mort", ne se déridant en famille "qu'une fois par an, quand les journalistes venaient faire leurs emplettes photographiques de la progéniture royale", onze enfants nés entre 1932 et 1948. Jacques d'Orléans, parti à l'assaut de "l'énigme" paternelle, montre le comte de Paris rêvant du pouvoir, souvent instrumentalisé, avec des zones d'ombre: ainsi, quoique le comte s'en soit toujours défendu, son fils affirme qu'il a donné l'ordre final d'assassiner l'amiral François Darlan, en décembre 1942. Il aurait aussi pensé se présenter à l'élection présidentielle en 1965, ce que l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing a indiqué, en juin, avoir entendu de la bouche même du comte. "Notre père, analyse l'auteur, mis en échec systématiquement sur les objectifs qui donnaient un sens à sa vie, (...) entouré (...) d'individus qui continuaient de diviniser le pseudo-monarque qu'il ne serait jamais, (...) ne pouvait que sombrer dans la haine de nous tous. (...) Son but final, j'en suis persuadé, était de nous détruire". C'est pour cette raison, estime-t-il, que le comte, qui vivait depuis des années avec sa dame de compagnie, Monique Friesz, aurait bradé le patrimoine, réalisant en quinze ans "deux cents millions de francs d'actifs dont nul ne sait où ils sont passés". Le duc s'interroge sur les statuts successifs de la fondation Saint-Louis, chargée de gérer le patrimoine familial, dont la famille est aujourd'hui exclue. Il évoque aussi "la gestion particulière" de la fondation Condé, placée à l'intérieur de la Fondation Saint-Louis, et qui gère à Chantilly un institut de gériatrie. Les enfants ne toucheront par ailleurs le reste de l'héritage qu'à la mort de leur mère, "une grande dame qui a su sauver les apparences", puisque quelques semaines avant sa mort, le comte avait institué celle-ci usufruitière de l'intégralité des biens. Le livre-journal est presque terminé quand meurt le comte, le 19 juin. Son fils en paraît bien plus frustré que triste: "Il a filé à l'anglaise! Il a réussi à éviter cette confrontation. (...) Et il me laisse en plan avec mes questions, mes blessures et mes espoirs, définitivement déçu", conclut-il amèrement.

Le nouveau comte de Paris déplore "la série d'invraisemblances et de méconnaissance de l'histoire de la famille" contenue dans le livre que vient de publier son frère et "salue le magnifique travail de l'écrivain (Ndlr: Bruno Fouchereau) qui a co-signé le livre de commande du duc d'Orléans", ajoute-t-on dans son entourage. Henri d'Orléans qualifie encore de "fiction" et de "pathétique", ce livre qui est "un exutoire aux problèmes personnels de Jacques d'Orléans avec son père", confie-t-on encore dans l'entourage du prince qui ne veut toutefois "pas entrer dans une polémique". Le nouveau prétentant au trône de France déplore aussi "la situation matérielle difficile qu'entraîne, pour sa mère la comtesse de Paris, l'action judiciaire" engagée par quatre de ses frères et soeurs (Jacques, Hélène, Isabelle et Michel) à propos d'éventuelles disparitions dans la succession de leur père. Il déplore enfin "la peine profonde que ressentira la comtesse de Paris lorsqu'elle aura lu le texte". Henri d'Orléans fait également savoir qu'il "a entièrement confiance dans les rouages de l'état dont relève l'administration de la Fondation Saint-Louis", chargée de gérer le patrimoine familial, et dont il n'est que le président d'honneur.