Bruno Schulz
Bruno Schulz

En 1941, lors de l'avancée allemande en Pologne, Bruno Schulz est enfermé comme tous les juifs dans le ghetto de Drohobycz, la ville natale qu'il n'a quasiment jamais quitté et qui est aujourd'hui passée dans le giron de l'Ukraine. Il y est assassiné en pleine rue l'année suivante par un officier SS jaloux d'un autre qui a fait du dessinateur écrivain son esclave.

Né en 1892, Bruno Schulz a commencé à écrire vers l'âge de trente ans, tout en enseignant le dessin au lycée de Drohobycz après des études d'architecture et de peinture. Il publie seulement deux recueils de nouvelles: Les Boutiques de cannelle, publié en 1933, et Le Sanatorium au croque-mort en 1937. Un troisième intitulé Le Messie aurait semble-t-il disparu pendant la Guerre. Il se consacre plutôt à l'écriture d'études critiques pour la revue Les Nouvelles Littéraires et traduit en polonais Le Procès de Franz Kafka. Il correspond aussi beaucoup avec plusieurs amis artistes et intellectuels tels Stanislaw Ignacy Witkiewicz, Witold Gombrowicz ou encore Tadeuz Kantor, auteurs phares de la littérature polonaise moderne. Avant tout, il dessine. De drôles de dessins torturés à caractère plus ou moins sado-masochiste: maîtresses-femmes à fouet, vieux juifs bouffons, autoportraits en avorton, spectres sombres, tortueux, grinçants, coupants, "débris d'un miroir cassé" dont Witkiewicz dira plus tard qu'ils sont "des poèmes de la cruauté des pieds et des jambes". Une centaine de ces dessins sont aujourd'hui réunis et présentés au public dans une exposition au Musée d'art et d'histoire du judaïsme intitulée Bruno Schulz, la République des rêves. Une vingtaine d'entre eux sont des illustrations du Livre idolâtre, son premier recueil connu, qui apparemment ne comprenait d'autre texte que les légendes de dessins. L'ouvrage est édité par Denoël à l'occasion de l'expo, avec une présentation et des notes de Serge Fauchereau. Le même éditeur publie également en un volume la quasi totalité des écrits de Schulz, soit les deux recueils de récits disponibles suivis de ses essais et de sa correspondance. Les nouvelles avait déjà été en partie publiées en 1961 chez Maurice Nadeau. On les rapproche souvent de celles de Kafka, en raison notamment d'une thématique imprégnée de culpabilité, d'angoisse, de rapport au Père et de métamorphoses, mais Schulz a sa propre vision et sa propre personnalité littéraire. Son univers fantasmagorique complexe est plus baroque et plus onirique que celui de Kafka. Tout y tourne aux images grotesques, y compris la loi biblique, et tout oscille constamment entre songe, rêve et cauchemar. Le regard que l'écrivain Bruno Schulz porte sur la folie du monde qui l'entoure est celui d'un peintre.

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-- Bruno Schulz Les Boutiques de Cannelle, Le Sanatorium au croque-mort, suivis des Essais et de la Correspondance (éditions Denoël)

-- Bruno Schulz Le Livre idolâtre Dessins (éditions Denoël)

-- Exposition La République des rêves (Musée d'art et d'histoire du judaïsme 71 rue du Temple 75003 Paris, jusqu'au 23 janvier 2005).