Marie NDiaye
Marie NDiaye

Le lecteur peut manquer les sortilèges de cette sorcière. En se laissant appesantir par la seconde phrase, interminable, hérissée de "que", par une longue ouverture dans laquelle une écriture laborieuse peine à nous convaincre d'une réalité tant soit peu vivante. La narration ne trouve véritablement son tempo que dans la seconde partie.

Une sorcière aux médiocres pouvoirs initie ses deux filles sans prévoir qu'elles la dépasseront. Autour d'elle une ou deux familles, le petit déroulement d'un banal réalisme social, la misère des couples, l'incompréhension des générations. Et ce don de sorcellerie qui entraîne plus de ruptures que de miracles. Mais bientôt, d'un coup d'aile de corneille, le récit vire au fantastique. L'écriture acquiert elle aussi soudain vivacité et légèreté. Devant ces voyances, un personnage s'exclame: "Quel boniment. (...) Mais il n'y a rien qui paie mieux en ce moment". La satire, la fresque sociale pointent le bout de leur nez. Avec un cadre de Garden Club qui déserte les apparences de la réussite. Avec une histoire de détournement de fonds. Avec une "Université Féminine" qui, avec ses programme de "santé spirituelle", singe les sectes. Hélas, la médiocre sorcière y rate son cours et se retrouve en garde à vue avec son père changé en escargot dans une boite de bouillon en cubes...

Il semble que Marie NDiaye soit capable de créer un monde où fantaisie et critique sociale pourraient co-exister en une sorte de réalisme magique. Si la sorcière narratrice et auteur de ce livre a une baguette magique encore un peu pauvrette, elle a d'incisifs moments qui laissent espérer une prise en main plus solide.

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Marie NDiaye, La Sorcière (Éditions de Minuit).