François Mauriac

Une semaine après son ouverture au public, le château de Malagar, belle maison girondine de François Mauriac où le Prix Nobel 1952 écrivit son roman le plus célèbre, Le Noeud de vipères, a déjà reçu des centaines de visiteurs. Légué au Conseil régional d'Aquitaine par les enfants de Mauriac, àcondition d'en faire un lieu de rencontres culturelles autour de la mémoire de l'auteur, le Château de Malagar, maison de maître encadrée de deux chais, de communs et classée depuis quelques mois au Patrimoine, sera officiellement inauguré le 12 septembre. Toutefois, ouverte au public dès le 16 juillet, Malagar, situé à une cinquantaine de km de Bordeaux, au milieu de vignes dans un magnifique paysage vallonné — le plus beau du monde, disait Mauriac — a déjà attiré plus de 500 personnes. Seul regret des administrateurs du château, la moyenne d'âge des visiteurs se situe autour de 50 ans. Comment faire pour rejeunir l'image du grand écrivain, auteur de nombreux romans, essais, poèmes, pièces de théâtre et écrits journalistiques, s'interroge ainsi Brice Mollereau, chargé du centre de documentation sur François Mauriac, créé dans la propriété en 1988 pour balayer tous les clichés et rendre à Mauriac sa dimension dynamique. Dans l'esprit du public, Mauriac, c'est une image quelque peu surannée d'un auteur régionaliste décrivant la vie provinciale du début du siècle: Thérèse Desqueyroux, Genitrix, Le Noeud de vipères. "C'est un adolescent d'autrefois, les jeunes d'aujourd'hui ne s'y retrouvent pas, ils se sentent plus proches de quelqu'un comme Albert Camus", remarque M. Mollereau. Pourtant, Mauriac est aussi l'auteur du Blocs-notes, qui pourrait servir de référence aux étudiants en sciences politiques, selon M. Mollereau, car l'écrivain y a noté ses analyses et réflexions sur les grands et petits événements de 1952 à 1970, date de sa mort à Paris. Mauriac, c'est aussi, et peut être surtout, un polémiste et un provocateur, aime à rappeler le responsable du centre de documentation. Il a été listé sur le cahier noir des Allemands pendant la guerre, défenseur des Droits de l'Homme au Maroc notamment, après sa rencontre avec un étudiant marocain qui lui raconta les tortures subies par les prisonniers politiques dans son pays, un chrétien qui s'est remis en question après le massacre de Guernica par les franquistes catholiques. Une richesse que les administrateurs de Malagar veulent faire comprendre. D'abord aux étudiants et aux chercheurs, à qui est réservé le Centre de documentation qui met à leur disposition une bibliothèque, de nombreux documents et manuscrits rares. Aux simples visiteurs curieux de découvrir l'un des plus beaux lieux d'inspiration de François Mauriac, une visite guidée de Malagar les conduira parmi les boiseries, les meubles anciens, les mille et un objets hétéroclites restés tels qu'on les y avait installés, jusqu'à la terrasse d'où l'auteur pouvait admirer au loin les bois, ces armées noires des pins des Landes, tels qu'il aimait les décrire dans ses romans.