Bernard Tapie
Bernard Tapie

Dans une rentrée théâtrale parisienne, riche cette année en vedettes et spectacles, l'événement médiatique est l'arrivée de Bernard Tapie sur les planches, pour la reprise de Vol au dessus d'un nid de coucou, au Théâtre de Paris. L'ancien homme d'affaires, ancien député et ancien ministre, a accepté de jouer une nouvelle production de la pièce de l'Américain Dale Wasserman sur le milieu psychiatrique, dans un premier temps jusqu'à la fin de l'année et "si cela a du succès au delà", précise le producteur Philippe Hersen. Bernard Tapie dont les démêlés judiciaires ont défrayé la chronique, y reprend le rôle fétiche de Patrick MacMurphy un fort en gueule et tout en muscles. Ce personnage, condamné pour viol, est prêt à tout pour échaper à la prison, même à simuler la folie, ce qui l'amène dans un asile psychiatrique où il découvre des êtres fragiles et attachants soumis à l'autorité oppressive d'une redoutable infirmière. La figure de MacMurphy — rebelle pour mieux défendre des opprimés dans un combat don quichottesque et suicidaire — a été popularisé grâce à l'interprétation magistrale de Jack Nicholson dans le film de Milos Forman en 1975. Au théâtre outre-Atlantique, Kirk Douglas avait défendu ce rôle repris en France, en 1994, par Michel Creton au Théâtre du Ranelagh à Paris. La mise en scène de la nouvelle production est signée par Thomas Le Douarec auquel on doit un récent Cid de Corneille avec force danses flamenco. Autour de Bernard Tapie, le reste de la distribution de la pièce, adaptée en français par Robert Cordier, compte notamment un sociétaire honoraire de la Comédie-Française: André Falcon (le docteur Spivey), Bunny Godillot (l'infirmière Miss Ratched), Marc Zammit (le fameux Indien que défend tout spécialemnt MacMurphy) et onze autres comédiens. Avant d'aborder le théâtre, Bernard Tapie a récemment fait ses débuts au cinéma avec Claude Lelouch, dans le film Hommes femmes mode d'emploi. Jamais emprunté, il campe son personnage avec la même assurance qu'il dialogue avec les journalites ou fait front aux caméras. Il conserve son côté titi parisien, son côté Gavroche, en interprétant un McMurphy dont on sait un peu trop d'entrée de jeu qu'il sera la victime de Miss Ratched. Le public, lui, semble comblé et ovationne. Entretien:

Après le cinéma, pourquoi cette expérience avec le théâtre ?

Le monde du cinéma ne m'a pas beaucoup intéressé. Au théâtre, j'ai découvert, depuis que je répète, beaucoup de disponibilité, pas de tension, contrairement à ce qu'on m'avait dit à l'extérieur. Si j'ai fait ce choix, c'est que j'étais convaincu que je ne pouvais plus parler de moi. Je me suis expliqué dans un livre, or il n'a pas été lu par ceux qui auraient dû le lire. Les gens ont une idée définitive à mon sujet. Il me faut donc dire autre chose et je suis sûr qu'en jouant un autre personnage, je vais mieux m'exprimer.

Pourquoi précisèment cette pièce?

Le livre d'abord est formidable. Le film a eu du succès grâce au talent des comédiens. MacMurphy, que je joue, est un marlou qui n'a pas vraiment la vocation de rebelle, ni de militant protestataire. Pourtant, je vois son comportement dans cet hôpital psychiatrique, comme un acte de rédemption et de sacrifice. On ne sait pas à la fin quelle est sa part de folie. Pour moi, je ressens une envie de lui donner mon énergie. Je pense que mon inexpérience au théâtre peut être compensée par autre chose, un vrai vécu qui me sert. D'ailleurs, la victime n'est pas MacMurphy mais l'Indien, Murphy est seulement le levier de l'action.

Après plusieurs semaines de répétition, pensez-vous que vous avez votre place au théâtre?

Nous avions convenu avec l'équipe du spectacle dont les membres sont des professionnels qu'à un moment donné des répétitions, ils me diraient si je n'étais pas dans le ton, dans la musique et qu'il y avait un risque. Or j'ai été rassuré sur ce point. De toutes façons, quel que soit l'accueil fait au spectacle, à mon sujet on ne peut rien dire de pire que ce que l'on a dit. Ma philosophie est qu'il ne faut pas lâcher, pas abandonner derrière l'apparence de l'inéluctable.