Alain Tanner

Midi, un dimanche d'été torride sur un quai du port de Lisbonne. Paul a rendez-vous et personne ne vient. Mais Paul attend un fantôme, celui du grand écrivain et poète portugais Fernando Pessoa et les revenants apparaisssent plutôt à minuit qu'à midi dans Requiem d'Alain Tanner. Commence alors, une journée d'errance et de rencontres avec des personnages réels ou morts, ressurgis du passé du narrateur dans ce film adapté du roman de l'écrivain italien, lisboète d'adoption, Antonio Tabucchi. Le réalisateur suisse y mêle sur un même plan le réel et l'imaginaire de cette "hallucination", comme l'écrivain avait sous-titré son livre, pour suivre Paul dans "son désir de régler certains comptes avec ses morts", comme dit Alain Tanner. Un ancien "meilleur ami", l'amante morte, le père qu'il a tenté d'accompagner à travers la douleur du cancer, viendront tour à tour hanter Paul. Une patronne de bar, une gitane qui lit dans les lignes de la main, un maître d'hôtel amateur de billard seront leur pendant dans le monde "réel". Alain Tanner — qui signe son deuxième film tourné à Lisbonne, 15 ans après Dans la ville blanche — s'est "refusé à tout artifice pour filmer les fantômes". C'est donc uniquement à travers les yeux et les explications du narrateur que s'opèrent les distinctions et les rapprochements. Même s'il reconnaît avoir longtemps hésité à adapter une oeuvre littéraire, Tanner souligne que Requiem "possède une grande cohérence". Il n'avait donc "aucune raison de pas suivre le texte" même s'il a élagué quelque personnages avec son co-scénariste, l'écrivain suisse Bernard Comment. Un cheminement qui conduit Paul jusqu'à minuit, de retour sur le quai où l'attend Pessoa. "Impossible" pour Tanner d'incarner ce personnage, qui restera donc une silhouette en chapeau, filmée de dos, dont on devine les lunettes. Le dialogue entre les deux hommes peu sembler réducteur et décevant, mais Requiem n'est pas un film sur Pessoa et le poète ne saurait se résumer en quelques minutes, souligne le réalisateur. Cinq romans d'Antonio Tabucchi ont été portés à l'écran, dont Nocturne indien d'Alain Corneau et Pereira prétend de Roberto Faenza avec Marcello Mastroianni.