Patrick Hutchinson
Patrick Hutchinson

DECLARATION DE GUERRE POÉTIQUE

Aujourd'hui en se levant le soleil répandait

Comme un parfum d'être

Aujourd'hui en se levant le jour exhalait

Comme une saveur d'être

Coïncidence du bien, du désir de bien

Et du bien-être infini

Aujourd'hui en se levant le soleil répandait

Comme une saveur de louange

Un désir tout-à-fait égoïste, dans l'ordre

Du bien et de l'être-possible

Les oiseaux s'étant réveillés à leurs matines

Avant l'heure en un printemps

Hors saison

Je me suis resouvenu que le soleil tel un titan

Vit dans l'absolu

Et que chaque jour recommence l'être

I.

Alors que bientôt plus personne ne célèbre

la beauté, la bonté de l'être

hors de tout particularisme

Je me suis posé la question de la déviance,

de l'énorme blessure-distorsion

de l'Histoire et du Temps

Des soifs de domination, du désir de conquête,

De vengeance, de la recherche effrénée

Du salut individuel

Dans un monde pris dans la nasse du calcul

Des taux de profit et du choix rationnel

De l'espace vital et des parts de marché

Où le partage et le bien commun, paraît-il

Sont déjà impossibilités structurelles

Pire, des absurdités surannées, des méfaits

De la pire espèce

Je me suis aujourd'hui souvenu que seule la poésie

peut saluer l'être sans qualification

dans l'énergie de ses possibles

En dehors de tout particularisme, de tout

conditionnement, de tout désir de manipulation

propagandiste ou scrupule publicitaire

Etant, au plus bas, désormais l'art le plus éloigné

des jeux et des enjeux du pouvoir

Le plus dangereux aussi, car le plus dépossédé, détenant

encore la clé la hantise l'insolente jubilation

de la subversion érotique des signifiants,

de la transformation des modes, des modèles,

des rapports.

II.

Alors que les métastases de l'âge de l'atome

Et de la militarisation absolue

Ne cessent de se répandre

Alors que les intellectuels les philosophes auto-proclamés

Les hommes de lettres

Tout en parlant sans cesse de responsabilité morale

De retour à l'éthique

Se dérobent - ne cessent de se dérober- devant le devoir

De renouvellement de notre vision

Devant leur responsabilité nouvelle et leur devoir ardent

De fonder une éthique inouïe

Une morale de rupture plus que jamais urgente au seuil

De l'homme planétaire:

III.

Les Années-Tunnel: lorsque les paramètres

entreront en résonance.

Et voici les cavaliers: globalisation prédatrice, guerres tribales,

surarmement,recession économique, corruption,

catastrophe climatique, pollution,

maladies nouvelles, régressions intellectuelle,

spirituelle et politique

Et voici que l'on paie au prix fort les années perdues,

l'assassinat orchestré de la raison nouvelle.

On aura gouverné par le complot, le subornement. On aura fondé

sur le sable un Empire de l'Opportunisme.

On aura goûté aux vertiges d'une victoire amère:

la haine de toute idée, la culture du ressentiment.

Et voici que le sceau même de la vie est en passe

de se briser: les jeunes ne croient plus

à leur capacité de déliter le cours du monde.

Et voici revenus les temps de la tristesse, des danses macabres...

(Que faire ? Sinon s'engouffrer dans la brèche infime de l'espérance)

IV.

Alors que les métastases de l'age de l'atome

et de la militarisation absolue

Ne cessent de se répandre

Alors que les intellectuels les philosophes les plus médiatisés

les hommes de lettres

Tout en parlant sans cesse de responsabilité morale

de retour à l'éthique

En réalité se dérobent - ne cessent de se dérober - devant leur

impuissance

à renouveller notre vision

Devant la responsabilité criante et le devoir ardent

de fonder une autre éthique,

Une morale de rupture plus que jamais urgente de l'homme

planétaire

De nécessité et non plus de grè poussé vers de plus hauts destins

Alors que toutes les énergies de haine, de peur, de ressentiment,

les forces ennemies du jour qui

vient,

se déchainent en un dernier

sursaut

Alors que pour tous ses pouvoirs industriels, sa technologie de mort

en un siècle (parmi tous) de

mort

L'espèce des parlants connaît désormais une grande indigence

de vie, de culture véritables,

surtout, un grand rachitisme de

poésie:

V.

De nécessité et non seulement de gré poussé vers de

Plus hauts destins

Alors que partout les Mafias et leurs affidés

Tentent de maintenir les peuples dans l'asservissement,

De déstabiliser ceux qui ne représentent pas

Leurs intérêts à court terme

Que les forces anciennes se croyant injustement répudiées

Ont juré d'obscurcir de deuil le jour qui vient

Alors que toutes les énergies de haine de ressentiment

Se déchaînent en un incroyable sursaut

Que les amis de la mort et de l'obscurantisme

S'acharnent contre l'espoir à portée de main

Que les amoureux de la régression les prophètes du malheur

Enferment l'espèce entre des murs de méfiance

Que les alliés de la Nuit sont partout aux aguets

Pour faire achopper les premiers pas de l'inconnu

Alors que pour tout son pouvoir sa technologie

De mort en un siècle de mort

L'espèce des parlants connaît une grande indigence

Un grand rachitisme de poésie

Alors que l'inventivité est passée désormais au camp de la destruction

Avec armes et bagages

VI.

Un plan sans précédent pour convertir la folie sécuritaire

des Etats et leur technologie de mort

En moyens d'investissement pour la reconstruction du monde !

Arrêt de l'hémorragie vitale de continents entiers se transformant

à vue de satelite en de vastes camps de la mort !

"La fuite des tyrans et des démons" - la dernière guerre juste

à mener sans armes par tous et par toutes

contre génocidaires, affameurs et tortionnaires.

L'arrêt immédiat de la destruction accélérée

des milieux patiemment construits au long des siécles

de la viabilité humaine

Au nom de principes toujours plus abstraits, cyniques

et impitoyables,

Ceux d'intérêts particuliers, qui dans leur maladive

arrogance

Gangrènent la vie, empoisonnent jusqu'aux moyens

de survie, d'alimentation, de reproduction,

Briguant de s'attribuer, privatiser, détourner à leur seul profit

jusque à la source même de la vie!

S'emparant du l'écriture multi-milliardaire des vivants !

Soldant le trésor multiséculaire des cultures !

Fin de la militarisation absolue !

Fin de la mobilisation perpétuelle contre la vie !

Fin des grandes paranoïas de la Transcendance !

Fin des turpitudes néo-darwiniennes de la géopolitique !

Fin de la conception seulement politicienne du Monde !

Dénonciation de l'Extrême-Libéralisme !

Crise et ré-subjectivation de chacun et de chacune

de par les détours de la poésie

Sur les voies infiniment plurielles et toujours à réécrire

de son devenir propre !

Rupture de chacune et de chacun avec la logique perverse

de la domination institutionnelle !

Conversion du regard ! Pour un universalisme global et local

à la fois, un universalisme du transfini

Que seule saura opérer, instaurer la subversion des signifiants

toujours à recommencer de la poésie !

Réconciliation entre l'Un et le Multiple, communauté

et organisation étatique, individu et solidarité

collective !

Oui à la joie du Complexe ! Oui à l'énergie Baroque !

Pour un classicisme du Transfini !

Rejet des Modèles et des modes reçus, à réécrire sans fin

et partout grâce à la Modélisation !

Reconstitution de pôles autonomes et interdépendants

de développement à l'echelle de la planète entière !

Oui à la Planétarisation ! Non à la globalisation prédatrice

des néo-féodaux de la finance !

Oui à la transnationalisation de nos résistances !

Repatriement humain sur des communautés créatrices

transcendant les notions exclusivistes de famille,

de religion, d'entreprise, d'état-nation ou de race !

Ré-écriture salutaire et transformatrice dans le respect

de toutes les structures mythiques, de toute tradition révérée,

de tout imaginaire institué

Afin de libérer le possible de l'être de la blessure déformante

de la violence originelle des limites de la nature,

des scories du temps !

Humanisme radical !

Utopistique de l'humain !

Reconnaissance de la pluralité des rationalités, des canons,

des cultures-mondes !

Ouverture poly-symbolique sur le vingt-et-unième siècle !

Guerre sans merci à la domination, à l'exclusion particularistes,

à l'enfermement névrotique, à la perversion institutionelle,

à la régression psychotique ethnonationaliste !

Bataille spirituelle sans relâche !

Guerre Sainte aux discours clos, à l'endogamie mentale !

(Merci R. DAUMAL)

Hommage à la complexité ravigorante, à la métaphorisation,

à la danse des particules, à l'hybridisation, à l'ouverture l'autre,

à l'émergence !

Déclaration irrémissible de guerre poétique

sur tous les fronts (à commencer par le mien !).