Michel Houellebecq
Michel Houellebecq

Michel Houellebecq, l'auteur controversé des Particules élémentaires, a fait ses débuts de chanteur pop sur la scène du festival de la Route du Rock de Saint-Malo.

Installé avec ses cinq musiciens du Tricatel Beach Machine sous une tente plantée en face de la scène principale, l'écrivain, qui prépare pour la fin de l'année un album intitulé Vacance, a ouvert la manifestation, enchaînant une dizaine de poèmes sur fond de rock psychédélique et énergique.

Le pied battant la mesure, polo ciel et pantalon gris, il a repris des thèmes qui lui sont chers — l'amour, le voyage, les vacances, la ville — pour le 2e concert de sa vie, après celui donné en juillet au festival de musiques électroniques Aquaplaning de Hyères. Se balançant nonchalamment en se tenant parfois la hanche ou le menton, l'écrivain ne semblait pas toujours bien à l'aise dans cet exercice, mais il a charmé nombre de spectateurs parmi les centaines qui s'étaient sagement assis pour écouter ce happening. "Il n'est pas d'un charisme fou, mais il est plein de bonne volonté et il n'a pas peur de regarder le public dans les yeux," dit Denis, un Lillois de 30 ans. "Je l'adore!", s'exclame Isabelle, 26 ans, de Chambéry, pour qui le concert rajoute une touche de sensibilité au personnage. Sylviane, une Strasbourgeoise de 26 ans qui ne connaît pas l'auteur, a elle eu du mal à accrocher: "Il parle d'un ton tellement monocorde, mais la musique colle bien au texte et met du rythme".

A l'origine de la vocation musicale de Michel Houellebecq, il y a la rencontre en 1996 avec le compositeur et patron du label Tricatel Bertrand Burgalat, grand amateur de musiques psychédéliques et électroniques des années 70, qui était aux claviers vendredi. Après le déferlement médiatique créé par son dernier livre, l'écrivain, amateur de musique (des Beach Boys notamment) mais pas musicien, s'offre "des loisirs" avec cette parenthèse, explique-t-on chez Tricatel. Une façon inédite d'utiliser les mots aussi. "Quand j'ai vu ses poèmes, j'ai été sidéré. Ils étaient tout ce que j'aurais aimé dire", raconte Bertrand Burgalat, qui lui a proposé il y a un an de faire un album. "En tant que parolier, Michel va ridiculiser tout le monde, car, entre rimes faciles et vagues jeux de mots à la Gainsbourg, les paroles en France étaient dans une impasse".

Le musicien se dit aussi étonné des qualités de l'interprète: "Sa façon de parler porte notre musique. C'est une sorte de rap mou !", dit-il. "C'est un homme a priori introverti et en studio on a parfois l'impression de se trouver devant James Brown!" Et pourtant, Bertrand Burgalat se dit "pas forcément optimiste" quant aux ventes de l'album: le mélange des genres "engendre la méfiance. J'ai déjà vu ça avec la comédienne Valérie Lemercier" (dont il avait produit le disque Goûte mes frites en 1996).

Les deux complices poursuivent dès la rentrée leurs enregistrements et espèrent organiser en novembre un concert à Paris avec un autre auteur à succès controversé, Maurice Dantec, qui fut chanteur dans un groupe il y a quelques années.