Nancy Huston
Nancy Huston

Nancy Huston a une âme d'assassin. Non, pas le fou passionné qui tue d'un coup de tête la personne aimée. L'autre. Celui qui fait du mal avant de tuer, qui balade ses personnages victimes en sachant pertinemment qu'il ne leur permettra jamais de regarder la profondeur du ciel. Nancy Huston est une tueuse de sentiments, et même son écriture s'en ressent: Souvent les phrases se font brèves, comme amputées... Là un bras manque, ici une tête. Seul le sexe domine en bonne ritournelle de fausse sensualité. Question de style ? Ou question de fond, La virevolte m'a fait un effet franchement désagréable, un long frisson au bord de la nausée que j'ai tenté d'écourter en lisant le livre d'une traite. Tout sonne un peu faux dans ce catalogue de morts physiques, sentimentales et spirituelles. Les personnages décalés tombent les uns après les autres, tous qu'ils sont reliés à cette mère, l'axe instable (qui de plus danse!), laquelle ne distribue jamais d'amour puisqu'elle est par essence l'incarnation de Dame Ego ou de l'éternelle sécheresse. Lin, cette mère prend, suce, bouffe, déchiquette, garde les meilleurs morceaux et vomit les os, s'approprie les autres avec une rare violence dissimulée derrière l'écran de sa passion en forme d'excuse: la Danse. Son homme (son miroir ? sa barre ? son entraîneur d'entrechats ?) la suit dans ses mensonges, au gré de ses caprices. Elle veut baiser, il la tringle, elle veut un enfant, il lui fait une fille (autre miroir), elle reveut un autre enfant, comme si une seconde baffe confirmative pouvait changer quoi que ce soit dans ce monolithe, il s'exécute, bon prince, lui offrant une deuxième fille. Puis déboule la virevolte irrésistible: Lin veut soudain refaire de la danse, le démon la reprend, tant pis pour les deux gamines ennuyeuses et pour ce mec interchangeable. Direction New York, la belle vie, l'oiseau en chaussons souples prend un ticket simple puisqu'elle ne reviendra jamais. La page se tourne, le globe se fend, deux mondes en résultent, boiteux à souhait. D'un côté l'amant floué se console avec la meilleure amie de sa femme. De l'autre la femme insensible (faussement sensible en apparence) vole et plane jusqu'à ce qu'une arthrose juvénile la fasse retomber sur le ciment de la vie. Une chute de dix étages, de dix ans, qui ne regarde plus qu'elle puisque les autres, entre-temps ont fini par ne plus l'attendre.

L'histoire se termine en eau de boudin, un vrai gâchis général, le constat s'avère un cul-de-sac: Ou tu fais des gosses et tu agonises entre biberons et sanitaires, ou tu choisis la passion, et tu te retrouves en quelque sorte puni par le biais de ton corps qui te lâche. Deux chemins catégoriques, sans consistance et sans bienveillance, qui ne reflètent à aucun moment l'existence que je définirais comme la synthèse de toutes les couleurs et de tous les possibles. Mais vus d'ici, les deux mondes de Nancy Huston ne sont pas à prendre. Le noir comme le blanc s'affichent comme des non-couleurs, des non-mots posés sur des non-sentiments. La virevolte est un roman qui dit non à la vie et à l'armour, à l'espoir et au respect des autres. En quelque sorte un roman réussi puisqu'il m'a fait souffrir.