Artur London
Artur London

Lise London, la veuve d'Artur London décédé en 1986, publie chez Gallimard Aux sources de l'Aveu, un recueil des feuillets que son mari avait écrits en prison et transmis clandestinement à l'extérieur. Constituant pour l'éditeur la source de L'Aveu, classique de la littérature antitotalitaire, ce document inédit constitue une réponse à la polémique née du livre de Karel Bartosek, Les aveux des archives.

Lise London a décidé de publier ce document qui lui a été transmis par son mari entre février et mai 1954, après la polémique en novembre dernier issue des révélations de l'historien tchèque sur le stalinisme de London avant qu'il ne soit lui-même victime des purges staliniennes à Prague. Bartosek s'appuyait notamment sur un long manuscrit rédigé en tchèque par Artur London en 1955 et destiné au Parti communiste tchèque. Lise London avait alors dénoncé "cette campagne pleine d'ignominies".

Ces écrits de prison, rédigés en français, ne devaient pas être publiés mais étaient destinés à Lise London pour qu'elle informe le Parti communiste français. Leur publication, souligne Pierre Nora, historien et éditeur de L'Aveu, "est d'abord destinée à répondre aux voeux des spécialistes". Lise London raconte comment Artur London lui passa ces documents alors qu'elle lui rendait visite en prison. "L'écriture en était si fine qu'il fallait une loupe pour la déchiffrer. Au péril de sa vie, il fit passer les premiers feuillets dans un paquet de papier à cigarettes. Entré à 14 ans aux Jeunesses communistes, ancien des Brigades internationales, résistant en France dès 1940, déporté à Mauthausen en 1942, Artur London a été nommé vice-ministre des Affaires étrangères en 1949 et arrêté en 1951. "Il résista six mois, avant de passer aux aveux", avant le fameux procès de 1952. En 1954, il revint sur ses aveux, sa famille étant en sécurité à Paris, avant d'être libéré en 1956. En 1968, il publie L'Aveu, témoignage hallucinant sur la façon dont la justice stalinienne faisait d'un innocent un coupable.

Pour Pierre Nora, ce manuscrit, dont des pages figurent agrandies dans l'ouvrage, est même "la source et le noyau originel de L'Aveu.. Certaines de ces pages y seront d'ailleurs reprises textuellement. Ainsi, sur les conditions terribles de détention, London raconte les privations de sommeil et de nourriture: "pour manger le peu de nourriture que je recevais, je devais me mettre à terre sur 4 pattes comme une bête pour approcher la bouche aux bords de la gamelle". Selon Lise London, trois textes ont été écrits par Artur London en prison puis en résidence surveillée entre décembre et septembre 1955. Le document rédigé en 1955 (en tchèque) était destiné à la direction du PCT "dont les dirigeants n'avaient pas changé depuis les aveux, les tortures, et s'opposaient à la révision de son procès". Pour elle, "l'objectif était clair: il fallait obtenir du PCT qu'il lève l'interdiction de réexaminer le cas London".