Daniel Pennac
Daniel Pennac

Le facétieux Daniel Pennac brode dans son dernier roman, Messieurs les enfants, sur un sujet de rédaction donné vingt ans plus tôt à ses élèves: "Vous vous réveillez un matin, vous avez été transformés en adultes. Vos parents sont transformés en enfants". Messieurs les enfants, c'est aussi un film réalisé et co-écrit avec Pennac par Pierre Boutron, qui sortira le 1er octobre et dans lequel on retrouvera aussi l'écrivain de polars Tonino Benacquista. Daniel Pennac et Pierre Boutron y incarneront des méchants absolus. Le roman comme le film illustrent la maxime du terrible professeur Crastaing, "L'imagination, ce n'est pas le mensonge". Les trois élèves, Igor, Nourdine et Joseph vérifieront à leurs dépens la justesse de cette maxime.

"C'est à la fois un conte et une variation autour des effets de regard de la maturité sur l'enfance et de l'enfance sur la maturité", explique Daniel Pennac. "Il y a une vingtaine d'années, j'ai donné ce sujet de rédaction. C'était un jeu avec mes élèves. Vous faites votre rédaction en trois pages, moi en 30. On s'échange cela la semaine prochaine. Mon corrigé est devenu une nouvelle pour enfants, Kamo et moi. Pierre est tombé sur cette nouvelle. Il m'a dit qu'il aimerait faire un film, à condition qu'on fasse le scénario ensemble. On a fait le scénario. On est devenu copains. Dans l'excitation du scénario, on a joué à un autre jeu: toi, tu écris, moi, je fais le film. On ne se consulte pas et on compare à l'arrivée". Pierre Boutron "a pris la ligne du conte jusqu'au bout. Très gonflé. Et très émouvant", se réjouit Daniel Pennac.

Le passage du scénario au roman s'est opéré en douceur: "Je structure toujours mes romans avant de les écrire. Cela ne me changeait pas". Dans cette galerie de personnages attachants, on trouve le narrateur, le père mort qui dialogue d'outre-tombe avec Igor, son fils, un "fantôme" à "l'indifférence attendrie", qui donne le ton du roman. Dans les projets à venir, Daniel Pennac travaille à "un texte sur le mal de mer pour illustrer des photos de Jean Forest, qui a passé des mois dans une anfractuosité à Ouessant, à prendre la mer dans tous ses états". Le père des Malaussène veut également "écrire sur le romanesque comme éthique de vie". "Il m'arrive d'emprunter des caractères romanesques de mes amis pour mes livres, par exemple Rabbi Razon pour Messieurs les enfants. Dans ma parentèle se trouvent des gens qui sont romanesques, qui élèvent ce trait au niveau d'une éthique".