Serge Wolikow

Après avoir examiné le "bon usage des archives de Moscou et d'ailleurs" (Une Histoire en révolution ?, EUD, 1996), l'Institut d'Histoire Contemporaine de l'Université de Bourgogne s'interroge sur les notions d'antifascisme et de nation à l'époque du Front populaire. Les contributions sont regroupées autour de trois thèmes: "anciennes et nouvelles solidarités internationales", "mouvement ouvrier et cultures politiques nationales" et "l'antifascisme et les questions nationales". Les deux notions centrales du titre ne font malheureusement pas l'objet d'une définition préalable. Réfléchir sur la problématique de l'antifascisme, ce devrait être aussi et avant tout proposer une définition topique du fascisme à partir de l'accession au pouvoir de Mussolini en 1922. Dès lors, le Komintern s'empare du terme de "fascisme" et l'instrumentalise à son profit pour stigmatiser ses adversaires et ses concurrents, y compris à l'intérieur du mouvement ouvrier. Boris Souvarine avait été sûrement l'un des premiers à souligner les perversions d'une utilisation tous azimuts d'un terme qui, le plus simplement du monde, ne signifiait pas autre chose qu'une politique de "contre-révolution préventive", selon la forte expression de l'anarchiste italien Luigi Fabbri. Les contributions de ce volume illustrent, avec plus ou moins de bonheur, la rencontre de ces deux thèmes dans le domaine habituel d'études et de recherches de chacun des auteurs. La notion même d'antifascisme ne fait pas l'objet d'une interrogation systématique sur la genèse des politiques de Front populaire par le Komintern au milieu des années trente, après son abandon de la dénonciation du "social-fascisme". De même en ce qui concerne les procès de Moscou, la grande terreur en URSS ou la signature du pacte germano-soviétique, points aveugles de la bonne conscience antifasciste, des années trente à nos jours. Comme l'écrivait Victor Serge dans ses Mémoires d'un révolutionnaire à propos de la politique des staliniens en Espagne: "Impossible de vaincre le fascisme, en effet, en instituant à l'intérieur un régime de camps de concentration et d'assassinat contre les antifascistes les plus énergiques et les plus sûrs; et en perdant ainsi le prestige moral de la démocratie".