Dominique Wolton
Dominique Wolton

Depuis qu'Internet a fait son apparition dans notre quotidien et dans nos échanges culturels et mercantiles, il ne se passe pas un mois sans que l'on n'ait un nouveau livre consacré au sujet. Ce mois-ci, c'est Dominique Wolton, chercheur au CNRS et spécialiste de la communication qui s'entretient avec le journaliste Olivier Jay, chargé du pôle "activités numériques" aux Editions Bayard-Presse. Cela donne une interview très agréable à lire et très enrichissante. Certes, d'aucun s'exclameront que la Toile est incontournable et que, au même titre que l'Euro, qu'on y soit réfractaire ou non ne changera guère la donne: Internet est là et les nouveaux outils techniques sont un fait, une réalité, une nécessité (dans son sens premier). Mais, que cela ne nous empêche pas de réfléchir et c'est ce que réussit à merveille ce petit livre. Surtout, Internet y est ici le prétexte à une réflexion sur l'information, la communication et la démocratie.

De manière générale, c'est la double dimension de l'information et de la communication qui est en plein bouleversement. D'un côté, ce que Wolton appelle une "dimension normative", fidèle à une "bataille pour la liberté", à un idéal de tolérance, est en péril par le fait d'une banalisation des échanges (alors qu'il fut un temps où communiquer relever d'un véritable effort pour comprendre autrui). De l'autre, la dimension "fonctionnelle" qui va de pair avec les techniques de l'information met en question le contenu même de ce qui se dit et se donne à voir. Ce qui découle de ce bouleversement c'est que, décidément, "la communication est une conquête fragile" et que, plus qu'un outil elle est une valeur.

Qu'on ne s'y trompe pas, "les techniques simplifient la transmission, pas la compréhension d'autrui" et "Internet est la suite en plus grand, du monde offert par la console de jeux". Il s'agira pour les générations futures, et Wolton le souligne, de ne pas perdre de vue un certain idéal démocratique, mieux, de tester leur capacité à réinventer la liberté. A voir la manière dont les consommateurs se sont rués sur la dernière PlayStation, on se dit que la liberté est peut-être celle de Lara Croft ou de n'importe quel shoot em up. Peut-être que la vraie démocratie passera maintenant par le joystick et par les courses de voitures sur GameBoy Advance ?