Thierry Jean-Pierre

Le député européen Thierry Jean-Pierre, actuel trésorier de Démocratie libérale, qui s'est rendu célèbre par sa lutte contre la corruption, présente dans Crédit Lyonnais : l'enquête, le résultat de ses recherches sur "le scandale financier du siècle". Reprenant le chiffre de 120 milliards de francs de pertes au total, l'ancien juge d'instruction du Mans analyse les foyers de déficit, copieux documents parfois inédits, et pittoresque galerie de portraits à l'appui. La banque IBSA, d'abord, dans laquelle son dirigeant, Jean-Maxime Lévêque, ancien président de la banque nationalisée de 1986 à 1988, en détention provisoire depuis le 29 mai, avait réussi à faire prendre au Crédit lyonnais une participation de référence: cela permettait à la petite banque de se lancer dans les opérations immobilières les plus risquées, le grand frère étant là pour répondre des pertes. Thierry Jean-Pierre analyse aussi les risques pris lors de la création d'Altus Finance, confiée à un as de la bourse, Jean-François Hénin. "Faire reposer sur un seul homme des investissements de plusieurs milliards de francs était en l'occurrence une pure folie", souligne le juge. Le député examine aussi le cas de la SDBO. Sans soutenir l'ancien client-vedette de la banque, Bernard Tapie, "celui qui voulait, à n'importe quel prix, tout faire et tout avoir à la fois", Thierry Jean-Pierre ne semble pas trouver absurde que M. Tapie, aujourd'hui ruiné, puisse tenter de voir reconnaître la responsabilité de son banquier dans sa déroute. Enfin, dans un long chapitre consacré au "piège" de l'affaire de la Metro Goldwyn Mayer, Thierry Jean-Pierre explique comment une filiale de la SASEA de Florio Fiorini, un des protagonistes de l'affaire, a pu verser 1,6 milliard de francs de commissions entre 1988 et 1991 à diverses personnes ou sociétés-écrans. Y figurent, sans que l'auteur fasse apparaître leur nom, "l'ancien chef de cabinet d'un ministre socialiste", pour 1,8 MF, "le responsable du schéma directeur d'une grande ville française du Sud" (2 MF) ou "ce responsable de Marina-Baie-des Anges".

L'auteur tire les leçons de cette gabegie, s'en prenant tout d'abord à "la place toujours plus importante de l'Inspection des Finances dans la gestion des entreprises publiques", et au "pantouflage" de ces hauts-fonctionnaires. Il se demande aussi, en libéral qu'il est, "s'il est bien raisonnable que l'Etat s'arroge des compétences industrielles et financières qui, dans tous les autres pays démocratiques, sont du ressort du privé". Il déplore aussi l'absence de contrôles sérieux. Enfin, l'ancien juge dénonce "la profonde désorganisation de l'institution judiciaire" face à une affaire aussi complexe.