Tom Wolfe
Tom Wolfe

La sortie du nouveau roman de Tom Wolfe, onze ans après Le Bûcher des vanités qui l'a rendu riche et mondialement célèbre, est l'événement médiatique de l'automne aux Etats-Unis.

A Man in Full, dont la sortie a été avancée "pour satisfaire la demande", selon l'éditeur, bénéficie d'un tirage initial de 1,2 million d'exemplaires, et est déjà l'un des vingt finalistes pour le National Book Award. Cette seconde incursion dans le monde de la fiction de Tom Wolfe, 68 ans, à qui on doit notamment L'Etoffe des héros ou Radical Chic est décrit ainsi dans le catalogue de printemps de l'éditeur Farrar, Straus and Giroux: "Des hommes puissants. Beaucoup d'argent. Beaucoup de jeux. Une intense libido. Beaucoup d'ennuis". Ce pavé de 742 pages a pour toile de fond Atlanta (Georgie), et comme dans Le Bûcher des vanités un incident interracial est le prétexte d'une saga qui entraîne le lecteur jusqu'en Californie, où la lutte pour le pouvoir le dispute au sexe et à l'argent. Dans Le Bûcher des vanités, un "yuppie" blanc new-yorkais était accusé d'avoir blessé un jeune Noir avec sa voiture et d'avoir pris la fuite. Dans A Man in Full (Un homme, un vrai), une star noire de football américain est accusée d'avoir violée la fille d'un homme d'affaires blanc d'Atlanta. S'agissant d'un roman écrit par l'inventeur du "nouveau journalisme", la transposition des lieux et des situations est d'une précision parfaite, avec des moments brillants comme une réunion de banquiers autour du héros, Charlie Crooker, un homme d'affaires sexagénaire qui a fait fortune dans l'immobilier mais se trouve très endetté et prêt à tout pour sauver sa plantation historique.

"J'ai toujours eu l'intention de situer ce livre dans le présent", expliquait Tom Wolfe à Time Magazine, qui lui consacre la couverture de son édition nationale. "Mais j'ai mis tant de temps à l'écrire que le présent changeait constamment", a-t-il ajouté. "Je regarde d'abord le milieu" dans lequel est situé le roman, expliquait-il. "J'ai été stupéfait par ces plantations, leur ancrage psychologique dans le passé et les efforts incommensurables nécessaires pour les maintenir en état". Pour Time, "le nouveau roman est meilleur" que Le Bucher des vanités. C'est un livre "noir et brutal (...) écrit à partir d'émotions plus profondes et plus complexes" que le premier roman, estimait pour sa part le Washington Post. Mais le New York Times était plus sévère. Tout en reconnaissant que Tom Wolfe avait progressé depuis les "personnages de bande dessinée" du Bûcher des vanités, il estimait que les très nombreux personnages secondaires qui peuplent ce roman "courageux et imparfait" étaient des "stéréotypes". L'issue de cette fresque picaresque est particulièrement surprenante et le New York Times n'a pas aimé l'arrivée du stoïcien Epictète, qui "fournit à ce roman épais, dans la veine de Dickens, une fin abrupte et non satisfaisante".