Alexandre Zinoviev
Alexandre Zinoviev

"Je veux être parmi les Russes pour lutter contre les ennemis du pays", explique Alexandre Zinoviev, 76 ans, installé à Munich (Allemagne) depuis 1978. "C'est pour ainsi dire mon devoir", ajoute-t-il. Alexandre Zinoviev a été déchu de sa citoyenneté soviétique en 1978 et expulsé après la parution d'un best-seller à l'étranger, Les Hauteurs béantes, un ouvrage de plusieurs centaines de pages sur la vie sous le régime totalitaire.

L'écrivain, qui regagnera la Russie avec sa femme Olga et l'une de ses filles, Xenia, 9 ans, a "plusieurs raisons" pour rentrer dans un pays qui lui a rendu sa citoyenneté en 1990 et où il est retourné depuis 1978 à "plusieurs reprises". Mais il veut surtout être parmi les siens pour rendre son "indépendance" à la Russie désormais sous "colonisation occidentale": "Je ne veux pas que la Russie devienne une colonie de l'Occident". Alexandre Zinoviev s'est décrit comme un opposant au régime de Boris Eltsine et au président lui-même et "refuserait une invitation à le rencontrer". Cet ancien intime de personnages élevés dans la hiérarchie soviétique, finalement exclu du parti et dépouillé de sa chaire universitaire, a toutefois confessé ignorer quel serait le meilleur système politique pour une Russie devenue un "quasimodo politique et social" et ruinée. "La Russie a peut-être perdu avec le système soviétique le meilleur régime pour elle, pour moi pas, mais pour les gens". Le professeur de philosophie, de logique et de sociologie entend vivre de lectures et de cours en Russie où il n'a plus guère d'amis ("la plupart de mes anciens amis et collègues m'ont trahi"): "Je voudrais enseigner à mes compatriotes comment comprendre le monde contemporain". S'il rentre pour s'y installer, il a dit ignorer combien de temps il entendait rester en Russie: "A mon âge, cela n'a pas beaucoup de sens de faire des projets à long terme". Il retrouvera le pays avec "des sentiments contradictoires": "J'ai été expulsé, j'ai perdu tout ce que j'avais, je n'ai pas pu rentrer pendant des années, je n'y vais pas pour une vie meilleure, mais parce que c'est pour ainsi dire mon devoir". Il a jugé impossible de prévoir l'accueil qui lui serait fait le 30 à son arrivée de Munich: "Je n'escompte pas que des représentants du gouvernement m'attendent".