Marguerite Duras
Marguerite Duras

Auteur d'une biographie de Marguerite Duras, l'historienne, journaliste et éditrice Laure Adler tente de faire le tri entre vérité et fiction dans l'existence tourmentée d'un écrivain évoluant dans "un jeu de miroirs permanent".

Ce livre, solidement documenté et jamais ennuyeux, apporte avec lui son lot de polémiques, inévitables en raison de la personnalité tellement dérangeante de ce monument littéraire. Avec cet ouvrage, dit Laure Adler, "on n'est plus dans ce rêve réinventé que Marguerite Duras a fabriqué tout au long de sa vie, jusqu'à édifier sa propre statue. A la fin de ce jeu de miroirs permanent, elle ne savait plus qui était Duras, qui était Marguerite, qui était Marguerite Duras. Chez elle, le mot même de vérité est sujet à caution". L'écrivain, chez qui tout était littérature, a toujours détesté qu'on fouille dans sa vie, répétant: "les gens de mes livres sont ceux de ma vie".

Jean Mascolo, son fils unique, a obtenu la suppression d'une cinquantaine de lignes de ce texte de plus de 600 pages. Lever les zones d'ombres de la vie de Duras a toujours été une gageure. Déjà, en 1991, le magazine Lire se demandait s'il n'était pas "illusoire d'établir une chronologie des faits de sa vie alors que l'écrivain a vécu le réel comme un mythe ?".

Après d'autres, Laure Adler revient sur les rapports compliqués, voire paradoxaux, de Marguerite Duras (décédée en 1996) avec sa famille, le colonialisme, la Résistance, l'Occupation, l'alcool, ses passions amoureuses... Elle l'a rencontré, a suivi ses traces en France, au Vietnam et a eu accès, grâce à Jean Mascolo, à 18 cartons de documents inédits, éclairant d'un jour nouveau des tranches de vie de l'écrivain.

L'ancienne collaboratrice de François Mitterrand brosse le portrait d'une femme émouvante, capricieuse, généreuse, méchante, mégalomane, qui n'a jamais guéri d'une enfance "saccagée", lourde de secrets de famille honteux. Pour Laure Adler, Marguerite Duras, qui a toujours prétendu avoir été une grande résistante, a minimisé son rôle dans un organisme dirigé par les Allemands où elle s'occupait d'attribuer ou non du papier aux éditeurs, jusqu'à la fin 1942. "Elle était plutôt propétainiste", écrit-elle. Ce qu'a récemment démenti le sociologue Edgar Morin, lui même résistant.

Laure Adler raconte aussi comment Marguerite Duras, son mari Robert Antelme et son amant Dionys Mascolo ont été exclus du Parti communiste sur dénonciation. "Ils ont tous affirmé avoir été dénoncé par Jorge Semprun ", dit sa biographe. Ce que l'écrivain franco-espagnol nie avec force. Marguerite Duras dit avoir vécu une sublime histoire d'amour avec "L'amant", ce jeune et riche Chinois, héros de son plus grand succès littéraire et Prix Goncourt 1984. Selon Laure Adler, "Ce n'était pas une histoire d'amour. Sa mère a vendu sa fille à l'amant, non parce qu'elle avait besoin d'argent pour elle, mais pour son fils qui se droguait". Duras a-t-elle torturé un collaborateur ? "Elle m'a dit l'avoir fait mais aucun témoin direct ne l'a raconté", dit Laure Adler admettant que "la vérité est introuvable". "Elle n'a jamais torturé", a affirmé son fils.

"Je suis la pudeur, le silence le plus grand. Je ne dis rien. Je n'exprime rien. De l'essentiel rien. Il est là, innommé, inentamé", disait Marguerite Duras citée par sa biographe qui reconnaît que "des secrets pourtant demeurent" et que "c'est peut-être mieux ainsi".

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Laure Adler, Marguerite Duras (Éditions Gallimard).