Mahmoud Darwich
Mahmoud Darwich

On est en août 1982. Les troupes israéliennes envahissent le Liban et s'acharnent à prendre Beyrouth qu'elles assiègent. La résistance palestinienne qui a fait de la ville son quartier général se substitue à la légende pour livrer les secrets d'un tempérament de feu obstiné... Dans cette ambiance de folie meurtrière, et au-dessous d'un ciel saturé de missiles, un poète, exilé de la Palestine et habitant son huitième étage, écrit la chronique d'une ville livrée aux jeux de l'amour et de la mort. Tandis que le monde s'écroule autour de lui, et que le fer hurle sa haine, il ne risque pas une réponse. Solitaire, il parcourt les rues de cette ville et laisse son verbe s'imbiber de cette fièvre des métaux qui vide l'homme de sa chair et la mêle aux débris de verre et de béton. De son coin perché sur l'horreur, il décrit le destin de ce "reliquat d'humains" qui croît et se multiplie dans l'angoisse et au milieu des décombres sans pour autant s'empêcher de dessiner, à tout moment, le signe de la victoire. Et la mémoire s'adosse à la feuille blanche, et les pensées se précipitent cherchant une explication, une raison à cet inéluctable exil forcené. Mais aux tiraillements du coeur ne répondent que l'écho des canons, et la voix des canons annonçant le départ imminent des résistants palestiniens. Partir. Mais pour aller où, quand Beyrouth s'ouvre au passant comme aucune autre ville du monde ? Et d'ailleurs, est-elle une ville ? Est-elle autre chose:une référence, une pensée, une jeune fille insensée ? Qui prétend la connaître puisqu'à l'exilé politique elle a réservé une chaise et un fusil, au commerçant émigré un sort meilleur, à l'écrivain un support à sa liberté, à la jeune fille le droit de retirer son voile et au contrebandier sa contrebande? Tous étrangers, remarque le poète, et "avaient l'impression qu'ici la citoyenneté reposait sur de nouveaux critères qui fixaient aux Libanais eux-mêmes, bon gré mal gré,des limites à leurs droits en tant que nationaux dans ce qui n'était plus une république mais le théâtre d'affrontement idéologique". Entre rêves, réflexions et lucides hallucinations, l'auteur fixe une mémoire pour l'oubli en rassemblant les fragments d'un passé éclairé et rebelle. Considéré comme l'un des chefs de file de la poésie arabe contemporaine, Mahmoud Darwich révèle à travers ce récit un aspect moins connu de son oeuvre. A l'heure où s'ouvre un nouveau chapitre de l'histoire palestinienne, il prend une nouvelle et singulière résonance.