Serge July
Serge July

Selon les observateurs des médias, le non au référendum sur la Constitution européenne a constitué une sorte de "désaveu" des médias dominants, chaînes de télévision et presse parisienne écrite notamment, dont 99% des éditorialistes étaient favorables au Oui. Henri Maler, co-animateur de l'association d'études des médias Acrimed (Action-Critique-Médias) et maître de conférence à Paris VIII, estime que "les médias dominants sont partie prenante de la crise politique et sociale qu'ils prétendent observer". Il parle d'"arrogance", terme également utilisé par Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS, à propos de la presse nationale. "Le public attend de la part des journalistes beaucoup plus de modestie, surtout sur un chantier aussi compliqué que l'Europe" a-t-il déclaré. M. Wolton évoque une "collusion entre les élites de la presse écrite et les élites politiques et économiques, avec un effet boomerang". "Les journalistes de presse écrite se retrouvent aussi dans les médias audiovisuels, ce qui pose un problème de pluralisme (...) Il faudra desserrer l'étau de connivence des médias et des dirigeants" selon le chercheur, pour qui il "faudra garantir juridiquement la liberté de la presse".

Avec Jean-Marie Colombani, directeur du Monde, le principal patron de presse à avoir engagé toutes les forces de son journal dans la voie de la désinformation durant la campagne du référendum est sans conteste Serge July, directeur de Libération. Outre le grand nombre d'articles "pédagogiques" très orientés qui tentèrent de faire passer en contrebande le Oui, les éditoriaux de Serge July — dont il est assez chiche en temps normal — resteront sans doute parmi les chefs-d'oeuvre les plus virulents du journalisme intellectuellement malhonnête. Peu dupes et généralement placides, de nombreux lecteurs du quotidien ont toutefois vivement réagi à la lecture de celui publié le lendemain du vote, intitulé Chef d'oeuvre masochiste, où l'ancien maoïste sectaire converti à l'utralibéralisme s'est laissé aller à un flot d'amalgames et d'adjectifs particulièrement insultants à leur égard. Son "analyse" est simple: le résultat du référendum est "un désastre général et une épidémie de populisme qui emportent tout sur leur passage". Selon lui ce vote est xénophobe, populiste, délirant, masochiste, et la France flirterait avec le national-socialisme. Mais pour les lecteurs choqués qui répondirent en nombre dans les forums en ligne du quotidien malgré la censure des modérateurs, Serge July s'est à cette occasion, et à l'instar de son ami soixante-huitard Daniel Cohn-Bendit, totalement discrédité en tant que journaliste et en tant qu'homme de gauche. Ils ne lui contestent bien entendu pas le droit d'être favorable au Traité constitutionnel sur l'Europe et d'éditorialiser sur le sujet mais Serge July aurait largement dépassé ce rôle, se faisant à plusieurs reprises "conseiller" autoproclamé du Président de la République et stratège en désinformation abusant de son pouvoir médiatique, abaissant au plus bas le niveau d'un journal connu pour être habituellement plus avisé et sérieux dans ses analyses. Beaucoup lui reprochent surtout son arrogance insultante qui fait si peu de cas de leur intelligence et un autisme tout aussi lourd que celui de ceux qu'il juge les plus responsables du "désastre", à savoir Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin. Certains ne manquèrent pas aussi de lui conseiller de lire les quelques rares chroniques encore un peu lisibles de Libération, telles celles de Pierre Marcel (Vox Populi), ou de Daniel Schneidermann (Médiatiques) par exemple qui écrivait : "Ne réveillez pas les médias ! Ils sont accrochés à l'élite naufragée, comme des algues à un galion englouti. Ils tiennent en abbé de cour la chronique de Versailles quand c'est dans les faubourgs, dans les lointaines campagnes, dans les continents inexplorés que fiévreusement se dessine le monde".