Malika Oufkir

Deux livres liés au destin tragique de la famille du général Mohamed Oufkir et à ses relations tourmentées avec le pouvoir marocain sortent simultanément en France, près de trente ans après la mort de l'ancien connétable du roi Hassan II qui deviendra un général "félon". Un destin marocain de Stephen Smith, décrit non seulement la saga familiale, mais aussi "l'appareil répressif" mis en place par un régime que l'ancien ministre a servi puis trahi. Ce "drame shakespearien", selon Hassan II lui-même, est aussi un panorama de l'histoire moderne du Maroc, marquée par la décolonisation. Le livre n'apporte guère de révélations, à l'exception, souligne l'auteur, journaliste à Libération, d'éléments sur l'enlèvement par des policiers français en 1965 de l'opposant progressiste Mehdi Ben Barka. Smith analyse les relations d'Oufkir avec Hassan II et raconte la passion de l'homme aux lunettes noires pour "les parties de poker, les fêtes et invitations à droite et à gauche". En août 1972, Oufkir est "abattu comme un chien", son corps criblé de balles. La version officielle est "suicide de trahison". Son épouse Fatima et leurs six enfants, jusqu'alors intimes du souverain, sont arrêtés quatre mois plus tard. Après une tentative spectaculaire d'évasion, ils ne seront vraiment tous libres qu'en 1996. C'est la première biographie consacrée au général, intégrant l'errance de sa famille dans les geôles marocaines.

Cet ouvrage sort en même temps que le témoignage d'une des filles d'Oufkir, Malika, qui fut une des héritières les plus courtisées du royaume marocain. Elle raconte le "calvaire atroce" de l'emprisonnement subi pendant près de vingt ans par sa famille. "Elle tente d'exorciser ce passé qui n'en finit pas de la hanter", écrit la journaliste Michèle Fitoussi qui a recueilli le témoignage de Malika, 45 ans, qui tente aujourd'hui de trouver sa place dans une vie normale à Paris. "En prison, la haine m'a aidée à survivre (...). Aujourd'hui, j'oscille entre le ressentiment le plus profond et le désir sincère de ne plus éprouver de haine", conclut celle qui fut si longtemps emmurée dans le jardin secret du roi.