Microsoft / INRIA
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La multinationale américaine Microsoft et l'Institut National de Recherche en Informatique et en Automotique (INRIA) créent ensemble un centre de recherche fondamentale en informatique. Le nouveau laboratoire commun sera spécialisé dans le développement d'applications de sécurité logicielle et d'outils de calculs scientifiques complexes. Il ouvrira en 2006 sur le campus d'Orsay (Essonne), près de Paris, et comptera une trentaine de chercheurs qui devraient travailler dans un premier temps sur un programme de quatre années.

Cet accord de coopération a été signé mardi 26 avril par Gilles Kahn, directeur de l'INRIA, et Andrew Herbert, directeur de Microsoft Research Cambridge, en présence de François d'Aubert, ministre délégué à la Recherche et Steve Ballmer, PDG de Microsoft. C'est la deuxième unité de ce type créée par Microsoft dans le cadre de son "Initiative Scientifique Européenne" lancée en février dernier par Bill Gates. L'éditeur propriétaire de Windows dépense chaque année sept milliards de dollars dans son propre centre de recherche (Microsoft Research Cambridge, 750 chercheurs) mais ne prévoit toutefois d'investir que 10 millions d'euros, soit moins de 0,2 % de son budget de recherche, dans cette association avec la fine fleur de la science informatique française. L'INRIA a été créé il y a vingt ans. Il compte 6 unités de recherche employant 3.500 personnes au total dont 2.700 chercheurs scientifiques de haut niveau et dispose d'un budget annuel de 135 millions d'euros. A ce jour il a développé environ 120 grands logiciels et permis la création de 80 sociétés françaises dans le secteur des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication.

François d'Aubert et Gilles Kahn ont tenu à souligner que ce partenariat mixte privé/public s'inscrivait dans la continuité des collaborations déjà effectives entre l'Institut de Recherche et l'entreprise de Bill Gates et que de telles collaborations ont déjà montré leur efficacité, citant notamment les exemples du CNRS avec Thales ou de l'INRIA avec Thomson ou Philips. Il n'en reste pas moins, selon l'avis de nombreux chercheurs et observateurs, que la firme américaine numéro un mondial du logiciel s'assure à moindre coût avec cet accord les résultats des futurs travaux réalisés par les cerveaux de l'INRIA. Tous craignent que l'entreprise de Redmond, réputée pour ses méthodes de pillage de propriété intellectuelle et sa lutte farouche pour la brevetabilité des logiciels, ne s'approprie les résultats des travaux communs pour les commercialiser à son seul bénéfice. Microsoft s'en défend, annonçant dans un communiqué que les résultats des travaux du futur laboratoire seront publiés dans des revues scientifiques et que les outils et prototypes logiciels seront mis gratuitement à la disposition de la communauté scientifique. "Le contexte d'exploitation commerciale des travaux du laboratoire sera conjointement défini par l'INRIA et Microsoft dans le cadre des règles en vigueur en France en la matière", ajoute sans plus de précision le service de presse de la multinationale américaine, ce qui ne rassure en rien les chercheurs de l'INRIA enrôlés de force dans l'association.

Après la signature à Paris en novembre dernier d'un autre accord controversé avec l'Unesco, "pour réduire la fracture numérique", personne n'est dupe non plus — sauf peut-être à Jacques Chirac et certains ministres du gouvernement grands amis de Bill Gates et tout acquis aux projets que l'homme le plus riche du monde vient régulièrement proposer à l'Elysée — de l'offensive de séduction actuellement menée en France par la multinationale. Confrontée à de multiples procès dans le monde entier pour abus de position dominante et talonnée par le développement du logiciel libre, Microsoft s'evertue en effet à redorer son image auprès d'un public de plus en plus critique. Steve Ballmer, de passage à Paris pour signer l'accord avec l'INRIA avant de se rendre devant la Commission Européenne de Bruxelles où il doit de nouveau répondre du non-respect par Microsoft des règles de la concurrence, n'a d'ailleurs pas manqué de se livrer au Sénat à une énième opération de communication, soutenue cette fois-ci avec son ami Thierry Breton, ministre de l'économie. Ce dernier, trop heureux d'afficher "l'attractivité" de la France dans le contexte de mondialisation de la recherche, a souligné que de tels partenariats s'inscrivent dans la politique gouvernementale de création de pôles de compétitivité et que c'est dans le sillage d'un grand groupe que se créent des start-up. Peu importe que le groupe soit le plus grand prédateur du monde informatique.