Al-Manar
Al-Manar

Les associations de la communauté juive organisée font feu de tout bois pour que le CSA revienne sur sa décision de conventionner la chaîne satellitaire arabe Al-Manar. Dans plusieurs pétitions, communiqués et appels solennels indignés à tous les hommes politiques, en particulier à divers responsables allant du président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel au président de la République, en passant par les président de l'Assemblée Nationale et du Sénat, le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), SOS Racisme, l'UEJF (Union des étudiants Juifs de France), le Centre Simon-Wiesenthal, le Consistoire central et la LICRA ont vivement critiqué cette décision d'autoriser la chaîne arabe à émettre dans les états de l'Union européenne. Le Parti Socialiste, par la voix de son porte-parole Julien Dray, les a suivi en demandant lui aussi au gouvernement "une clarification", estimant que le CSA a agi sous sa pression pour des raisons de politique étrangère.

Depuis 2003, les organisations juives demandaient au CSA de ne pas autoriser cette chaîne arabe sur les réseaux français, le poussant même à porter plainte devant le procureur de la République en mettant en avant la diffusion par Al-Manar de programmes portant atteinte à leurs sentiments, notamment de documentaires traitant Israël d'Etat terroriste et d'un feuilleton syrien, Al Shatat (Diaspora), qui serait inspiré de l'antisémite Protocole des Sages de Sion. Saisi de l'affaire, le Conseil d'Etat a finalement rejeté la plainte de l'organe régulateur de l'audiovisuel et lui a demandé de ne pas interdire la chaîne. Mais la Lebanese Communication Group, société éditrice d'Al Manar, s'est toutefois vu imposer en contrepartie de son autorisation officielle une convention sévère, la plus courte (une année seulement au lieu de cinq pour les autres télévisions) et la plus stricte de toutes les conventions jamais signées par le CSA. Elle a dû s'y engager par écrit à respecter les règles déontologiques en vigueur en France, avec notamment pour obligation stricte de ne pas proposer des programmes de nature à "inciter à la haine, à la violence ou à la discrimination pour des raisons de race, de sexe, de religion ou de nationalité". Selon son directeur qui s'est exprimé dans un entretien au journal Le Figaro, "Al-Manar a toujours fait la différence entre Israël en tant qu'Etat et la religion juive en tant que telle". Il s'est par ailleurs réjoui de la décision finale du CSA "qui fait échec aux tentatives du lobby sioniste d'empêcher sa diffusion" et a réafirmé qu'Al-Manar respectera la loi et les dispositions de la convention. Nul doute de toutes façons que ses futurs programmes seront étudiés à la loupe et que le moindre propos ambigü sera interprété et monté en épingle pour devenir l'occasion d'interrompre définitivement ce média dont l'objectif revendiqué est de "créer une opinion publique favorable à la cause palestinienne". Car c'est bien là semble-t-il qu'est le noeud du problème pour les associations juives qui estiment que la France a donné une "autorisation officielle (...) à la propagande antisémite" du Hezbollah, puissant parti politico-religieux chiite radicalement anti-sioniste soutenu par le Liban, la Syrie et l'Iran.

Pour Dominique Baudis, qui nie toute pression gouvernementale, "ou bien Al Manar respecte ses engagements et on aura réussi à la ramener dans le cadre de la loi et du respect des grands principes, ou bien elle ne tient pas sa parole et à ce moment-là nous dénoncerons la convention et nous nous tournerons à nouveau vers le Conseil d'Etat pour lui demander l'interruption des programmes", a-t-il déclaré. Julien Dray a d'avance promis de "créer toutes les opportunités nécessaires pour faire interdire" la chaîne.

Du côté de l'étranger, de hauts responsables israéliens se sont déclarés "consternés" par la décision des autorités françaises et l'Anti-Defamation League américaine juge que "l'antisémitisme demeure un sujet d'inquiétude en France", oubliant cependant de préciser qu'Al-Manar est aussi diffusée aux Etats-Unis.