Pierre Péan
Pierre Péan

Dommage pour les lecteurs du Monde. Il n'y aura pas de procès contre les auteurs de La Face cachée du Monde, Pierre Péan et Philippe Cohen, et donc pas de nouvelles révélations publiques sur les pratiques du quotidien français "de référence".

Un règlement amiable vient en effet d'être signé entre les parties, évitant ce procès très attendu qui devait avoir lieu en octobre prochain. Publié en février 2003 aux éditions Mille et Une Nuits, filiale de Fayard dirigé par Claude Durand, et vendu au total à 210.000 exemplaires, le livre de Péan et Cohen avait fait l'effet d'une petite bombe en révélant les récentes méthodes de ce journal qui use et abuse désormais de son ancien prestige, de son pouvoir et de son influence pour exercer selon les auteurs nombre de pressions, chantages, échange de "bons procédés", campagnes haineuses ou soutiens intéressés, tant au niveau de la gestion de l'entreprise par son directeur Jean-Marie Colombani et son conseiller Alain Minc, qu'au niveau de la rédaction par Edwy Plenel.

Un chapitre consacré à la décadence du supplément Le Monde des Livres dirigé par Josyane Savigneau, et intitulé "la police littéraire" (que l'on prolongera utilement par la lecture du Petit déjeuner chez Tyrannie de Jourde et Naulleau, paru également en 2003) est particulièrement édifiant sur l'éthique journalistique de cette rédactrice en chef dont la capacité d'analyse et le talent critique font chaque jeudi la joie des amateurs de littérature. Criant avec force dénégations à la diffamation et à la tentative de déstabilisation, les dirigeants du Monde avaient alors lancé contre les auteurs pas moins de onze assignations en justice et réclamaient plus de deux millions d'euros de dommages et intérêts.

A la demande du président du Tribunal de Grande Instance de Paris, une procédure de médiation a été proposée et vient donc d'aboutir, après deux mois de négociation, à un accord amiable qui prévoit notamment que le Monde se désiste de toutes ses actions contre les auteurs et l'éditeur. En contrepartie Fayard et les auteurs renoncent à toute nouvelle édition du livre. Le compromis est sans doute à l'avantage du journal dont les résultats ne cessent de baisser — le livre de Cohen et Péan n'y étant pas étranger — et qui évite ainsi un nouveau déballage de ses dessous journalistiques, relationnels et commerciaux qui, quoi qu'il prétende, sont souvent pour le moins discutables et ne respectent pas toujours l'honnêteté et le sérieux qu'il prétend incarner.

Un autre fait ayant sans doute joué dans le désistement du Monde est le récent procès en diffamation intenté et perdu par l'ex-juge Eva Joly contre Péan et Cohen sur un extrait de La Face cachée du Monde. Les auteurs ont en effet été relaxés, leur bonne foi ayant été reconnue sur un chapitre incriminé qui qualifiait la magistrate "d'honorable correspondante" du quotidien, laissant entendre qu'en échange d'infos sur des affaires de Justice en cours, le quotidien avait assuré la promotion de son livre par deux pleines pages d'un compte-rendu très complaisant.